soufre, mercure et sel - cfio.fr

Soufre, Mercure et Sel : on fait le point, une bonne fois pour toute ! (partie 1)

formations

Vous êtes nombreux à m’écrire au sujet du soufre, du mercure et du sel de la tradition hermétique. Nombreux également à avoir décelé d’apparentes contradictions entre les enseignements alchimiques du CFIO et ceux de Patrick Burensteinas par exemple. Afin de dissoudre certains malentendus, voici une petite série d’articles qui vous permettra de faire la part des choses et de comprendre qu’en substance, la plupart des alchimistes sont d’accord, même si leurs approches et leurs explications des principes philosophiques peuvent quelquefois différer…

Revenir aux principes

Ces dernières années, de nombreux chercheurs français et étrangers ont échangé avec moi. Depuis, certains sont devenus mes élèves, d’autres des amis. Quoi qu’il en soit, la problématique de ces personnes était assez similaire. Loin d’être des débutants en alchimie, elles avaient souvent un cursus très important, des connaissances et une pratique non moins réelle. Elles détenaient les principaux arcanes des voies alchimiques traditionnelles, mais n’étaient jusqu’à présent parvenues qu’à de maigres résultats, et m’en demandaient la raison.

Dans beaucoup de cas, j’ai observé que leurs efforts avaient principalement porté sur les travaux de laboratoire, et moins sur ceux de l’oratoire. Dans d’autres cas, le plus souvent d’ailleurs, ces chercheurs omettaient, par ignorance, l’introduction du principe lumineux dans leurs opérations.

Ces deux éléments ayant été explicités dans ma formation sur le Grand-Oeuvre alchimique, il restait à débattre d’un point plus complexe et qui concerne la présence de l’opérateur dans l’opération. Ce sur quoi, nous reviendrons dans un autre article.

Je remarquais également chez ces personnes l’existence de nombreuses confusions, et notamment dans l’utilisation de certains termes pourtant familiers aux enfants d’Hermès. Il s’agit bien sûr du Soufre, du Mercure, et du Sel.

Des confusions fréquentes

Sans répéter forcément ce qui a déjà été enseigné clairement dans mes précédentes formations, il y a quelques ambiguïtés que j’aimerais présentement élucider, lesquelles vont nous aider à comprendre pourquoi, malgré leurs hautes connaissances et leur longue expérience, les alchimistes atteignent rarement leur but.

Comme nous le savons, il y a trois principes qui ne sont pas des matières précises, mais des symboles différemment assignables.

Relisez cette phrase plusieurs fois, elle est importante.

Selon l’adage « solve et coagula », lorsqu’une matière est alchimiquement décomposée puis rassemblée après purification, cela ne signifie pas que nous en décortiquions les molécules. C’est plutôt un démembrement symbolique que nous cherchons à réaliser.

Il faut un peu de temps et de pratique pour comprendre cela.

L’apanage d’une certaine époque…

Il est de coutume d’attribuer à Paracelse l’invention des trois principes alchimiques (soufre, mercure et sel). Or, la composition tripartite de la matière était connue depuis la plus haute Antiquité, mais sous des appellations différentes. Les diverses triades du panthéon égyptien en témoignent.

J’ai écrit dans la formation citée plus haut, que les termes plus ou moins récents de Soufre, Mercure et Sel, appartiennent au langage culturel d’une époque (entre les XVIe et XVIIe siècles), où l’investigation de la nature par la vieille chymie prédominait dans la pensée scientifique, toujours très proche d’ailleurs de la religion.

Ceci expliquant cela.

Il ne faudrait donc pas croire que ces termes sont immuables et appartiennent forcément à l’Antiquité. Dans les textes les plus anciens comme le Corpus Hermeticum, on ne les rencontre pas.

Les Arabes ont beaucoup contribué à leur utilisation, même s’il faut attendre effectivement le milieu de la Renaissance pour les voir utilisés systématiquement dans les ouvrages d’alchimie, mais également par la chimie classique, ce qu’on a tendance à oublier.

Cela signifie que soufre, mercure et sel ne sont pas à proprement parler des mots alchimiques. Comme les quatre éléments d’Aristote, ils appartiennent à une certaine vision du monde, et seront tout naturellement abandonnés lorsque le Siècle des Lumières viendra abroger les philosophies antiques et les vieilles sciences obsolètes.

À la recherche d’un agent unique

Cependant, à notre niveau, l’utilité de ces vocables reste d’actualité dans la mesure où l’on va effectuer sur la matière qui nous intéresse une décomposition de principes  (des principes et pas des corps, je le répète !) rendant possible son étude et surtout sa purification.

Bien entendu, cela reste très subjectif, car on fait intervenir un facteur de causalité invisible et surnaturel, que les Anciens ont appelé esprit universel. Ce dernier est donc l’agent unique qu’il convient d’extraire de la matière, étant à la fois son animateur et son origine.

Écoutez bien ce que je vais dire : cette opération est PHILOSOPHIQUE.

Elle n’a rien d’une manipulation de laboratoire commune. Elle prend pour support la matière, mais son champ d’investigation est purement spirituel. C’est l’essence même de l’alchimie que d’introduire cet agent dans notre équation, qui dépasse les limites de l’entendement et des perceptions sensorielles. Car en cherchant cet agent originel dans une matière particulière, l’homme vit au travers de cette expérience, une aventure similaire.

Elle consiste à rencontrer lui aussi son créateur, ce qui constitue une expérience transcendante et exceptionnelle. Comprendre cette nuance est la première marche pour assimiler par la même occasion ce que peuvent signifier le Soufre, le Mercure et le Sel des Philosophes.

J’ai bien dit des Philosophes ! On parle de pierre philosophale, non? Comment se fait-il qu’autant de chercheurs en alchimie s’égarent dans des considérations bassement matérialistes?

Voilà pourquoi ceux qui sont coincés dans des théories rationalisantes qui leur font affirmer ou penser que telle matière et pas une autre, « c’est le Sel », ou encore que le Soufre, « c’est ceci ou cela », se trompent résolument par manque de pénétration, de connaissance, et sans doute d’expérience.

Résumons-nous :

  • la composition tripartite de la matière (soufre, mercure, sel) n’a pas toujours existé sous cette forme. L’hermétisme antique ignore cette théorie récente.
  • à l’origine, les alchimistes cherchaient l’esprit universel, qu’il ont appelé, selon les époques, tantôt soufre, tantôt mercure, et tantôt sel. Nous verrons bientôt pourquoi et comment.
  • La décomposition de la matière en trois principes distincts est une opération philosophique. Elle concerne des principes et non des éléments distincts du complexe physico-chimique de la matière.

La théorie des trois principes Soufre, Mercure et Sel, est donc une dialectique propre à l’alchimie, qui a connu des variations et des aménagements nombreux. Le novice pourrait croire que les alchimistes antiques et modernes se contredisent entre eux, là où en fait, ils font simplement un usage particulier de ces vocables dans des contextes tout aussi particuliers.

Ce sont ces particularismes qui constituent les nuances de l’oeuvre et de la philosophie hermétique, et qui permettent aux véritables alchimistes de communiquer entre eux et de se comprendre. J’entrerai dans les détails dans le prochain épisode…

consultation

Et qu'on se le dise par Toutatis !