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Soufre, Mercure et Sel : la fin des contradictions (partie 3)

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A l’heure d’Internet et du multimédia, les chercheurs en alchimie sont confrontés à un problème que ne connaissaient pas les Anciens. En effet, la surabondance de l’information numérique, disponible facilement pour tous, a progressivement altéré les connaissances initiatiques de base et leur a surtout ôté leur sens traditionnel. C’est ce qu’on constate par exemple avec le Soufre, le Mercure et le Sel des alchimistes, trois notions pourtant fondamentales et basiques, mais qui ont perdu pour beaucoup leur cohésion et leur solidité philosophique. Ce troisième volet consacré à la constitution tripartite du monde aidera, je l’espère, les chercheurs à démêler l’écheveau…

L’alchimie, c’est du jonglage

La langue des oiseaux pour preuve, les alchimistes ont toujours joué sur les mots pour transmettre leurs connaissances. La raison est évidente : la connaissance alchimique ne s’adresse pas à l’esprit rationnel. C’est une forme de noétique utilisant des symboles étranges, dont la racine puise dans les formes tangibles du monde, mais qu’il faut savoir transfigurer pour saisir des réalités supérieures.

Le jeu de mots alchimique connait d’ailleurs actuellement un grand engouement par l’intermédiaire de Patrick Burensteinas, qui en a presque fait une spécialité. C’est ainsi, par exemple, que le Soufre alchimique appelle à une parenté directe avec le mot souffrance, dont il pourrait être la racine secrète, ce qui d’un point de vue ontologique est tout à fait acceptable.

Les pièges de la langue des oiseaux

L’idée de chercher d’autres dimensions derrière des mots usuels est un moyen très intéressant et efficace pour contrer les saisies systématiques du mental. C’est le règne de l’ego et de toutes les scories sulfureuses et émotionnelles qu’il faudra liquider.

Mais le jeu de mots peut aussi être un piège dans lequel on peut rester enfermé avec complaisance. Et contrairement à P. Burensteinas qui en fait toujours un usage très pertinent, certains autres hermétistes finissent quelquefois par prendre des vessies pour des lanternes, et érigent en vérité absolue, des notions pourtant toutes relatives.

Le mercure des philosophes

Prenons un exemple avec le Mercure des philosophes. Tout le monde sait ce qu’est du mercure. Un métal blanc dont la particularité est d’être en fusion à température ambiante. Mais pour un alchimiste, la fluidité de ce métal, que les Anciens ont attribué au dieu gréco-égyptien Thot-Hermès, possède un sens très particulier : celui de n’avoir aucune forme.

Voilà pourquoi le Mercure alchimique présuppose un état matriciel de la matière, qu’il est ensuite aisé d’attribuer à la polarité féminine et, par extension, à la maternité.

De plus, la faculté que possède le mercure de s’amalgamer très facilement avec les autres métaux, rajoute encore à sa coloration féminine.

Ainsi, l’on comprend que le mot « mercure » dans la bouche d’un véritable alchimiste peut endosser des significations très diverses, mais qui respecteront toujours des lois de correspondances immuables. En revanche, elles ne seront jamais circonscrites à une chose unique appartenant au monde manifesté, et c’est  pourtant l’erreur que l’on atteste le plus quand on lit certains auteurs aussi modernes que maladroits…

Le mercure en tant qu’aimant

Par ailleurs, toute matière première alchimique (ou materia prima) est considéré comme un Mercure ou un aimant, car c’est le réceptacle de l’esprit universel, le vase de l’art féminin dans lequel le Soufre est destiné à croître jusqu’à maturité. C’est-à-dire jusqu’à consistance de Sel… Voilà pourquoi l’on peut dire que le Mercure est autant le corps de la pierre que l’est le Sel, parce qu’on décrit alors la même chose, vue sous deux angles différents. Un nouveau-né n’est-il pas fabriqué à partir du corps de sa mère ?

Au laboratoire végétal, le Mercure est encore l’alcool indifférencié, car toute plante qui fermente donne de l’alcool. Celui-ci est donc le bain de vie invisible circulant dans les végétaux. Si cet alcool est parfumé, cela doit être attribué au Soufre de la plante (son caractère ou sa personnalité), qui s’est attaché à lui malgré la distillation des principes.

Le mercure philosophique

On dit ensuite qu’un Mercure est devenu philosophique lorsqu’il a été animé par une opération alchimique quelconque. Par exemple, une poudre d’os (donc un Mercure servant d’aimant) que l’on vient de solariser avec un Soufre solaire (les rayons concentrés), devient un Mercure philosophique.

Dans certaines voies où le mercure coulant (celui des chimistes) est utilisé comme matière première, c’est encore une opération de solarisation ou bien une opération théurgique qui vont permettre au métal coulant de devenir philosophique (voir ma formation sur la voie humide)

Des références pour preuves

À travers ces quelques exemples, le lecteur voit bien comment un simple terme peut revêtir de nombreuses significations. Aucune contradiction pour autant ; une simple juxtaposition de sens qui requiert de l’expérience et une certaine connaissance des faits.

Je pourrais développer à outrance et expliciter encore d’autres nuances propres au Mercure, mais cela nous emmènerait trop loin. Mon but avec cette série d’articles était avant tout de dissiper les remarques récurrentes qui me sont soumises dans les emails que je reçois.

J’espère donc avoir réussi à lever partiellement le voile opaque entourant ces mystères et renvoie les chercheurs qui voudraient en savoir plus aux formations du CFIO. Celles-ci leur donneront un solide apprentissage et une maîtrise des principes fondamentaux de l’art alchimique. C’est le seul moyen à mon avis d’échapper véritablement au trouble intellectuel qui menace forcément tout novice laissé à lui-même.

Mais afin que l’on ne me taxe pas d’invention (on ne me l’a pas encore faite celle-là, mais ça pourrait venir…), je vous livre pour finir une citation de Sigismond Bacstrom, dont le sérieux n’est plus à prouver, et qui résume fort bien tout ce que nous avons vu au cours de ces trois articles consacrés à la triade Soufre, Mercure et Sel.

« Les principes Premiers les plus anciens étaient le Soufre et le Mercure, et au fil du temps, on leur adjoignit le Sel. Et chacun de ceux-ci était composé des Quatre Éléments : le Feu, l’Air, la Terre et l’Eau ! Les premiers, tels qu’ils étaient utilisés par les Sophi, étaient les purs termes de l’art, et bien souvent, n’avaient aucune relation avec la substance connue actuellement sous ce nom, quelle qu’elle fût. C’était des termes génériques pour certains Principes prédominants ou supposés tels, dans le sujet qu’ils traitaient – un genre de Protée auquel ils pouvaient donner n’importe quelle forme et grâce auquel ils expliquaient, du moins pour leur propre satisfaction, les opérations les plus complexes de la Nature. Dès lors, non seulement les Métaux, mais aussi les Végétaux et les Animaux, se composaient des mêmes Principes : Sel, Soufre et Mercure ! Ce n’était pas non plus chose difficile à comprendre : une fois que le Disciple s’était familiarisé avec les pouvoirs de l’Archaeus, l’Artisan les utilisait par nature dans toutes ses Opérations. Il est vrai que ces Philosophes étaient souvent en désaccord dans les détails de ces opérations complexes, mais comme chacun d’eux prenait pied dans les mêmes Éléments, ils avaient tous raison quant au fond et en général, ils étaient tous parfaitement contents l’un de l’autre… Quelles sont donc ces Substances qu’employaient les Alchimistes pour être leurs Mercure, Soufre et Sel? Il est vrai que ce que l’un tient pour son Mercure, l’autre le tient pour son Sel, qu’à leur manière de Philosophes, ils ont souvent interverti l’un et l’autre, et que tous ont donné des noms innombrables, et parfois à des substances différentes des noms identiques – mais il est vrai aussi que, aussi variées que furent les appellations qu’ils leur donnèrent, chacune d’elles fut décrite, un nombre incalculable de fois, par ses caractéristiques propres et ses propriétés, au fil des écrits des Philosophes. »

En guise de conclusion

Comme je l’ai déjà dit dans le premier volet de cet article, à plusieurs reprises, des élèves m’ont interpelé sur l’attribution du principe Mercure à l’Esprit, constatant que par moment, je l’associais plutôt au Soufre. Mais de quel esprit parle-t-on ? Celui de l’homme ? Celui de Dieu ? Cela vient de la grande confusion qui prédomine aujourd’hui dans les consciences lorsqu’il s’agit de situer les topiques spirituels correctement.

J’ai largement commenté ce fait dans ma formation sur le secret de Jésus-Christ, ainsi que les dégâts d’inculture engendrés par le new age dans ce domaine. De fait, le lecteur n’est pas véritablement responsable de cette situation. On doit l’imputer plutôt aux mauvais auteurs qui, copiant les inepties métaphysiques des uns et des autres, ont fini par ratifier les pires âneries.

Lorsque les confusions prennent la place de la vérité pure et de la science immuable, il est très difficile de se faire comprendre. Je parle pourtant un langage traditionnel, dont les fondements sont parfaitement vérifiables dans une littérature tout aussi traditionnelle ; sauf qu’elle est boudée par les actuelles générations, plus friandes de channelling facile que d’études laborieuses et austères.

Espérons que cela changera un jour.

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