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Soufre, Mercure et Sel : Barillet VS Burensteinas (partie 2)

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Dans la première partie de cet article consacré aux trois principes alchimiques Soufre, Mercure et Sel, nous avons vu avec quelle prudence il convient d’aborder leurs définitions respectives. Les subtilités de langage sont monnaie courante dans la littérature alchimique. Il est donc très difficile pour le lecteur non initié de trouver une trame commune dans le foisonnement terminologique utilisé par les adeptes. De là, il n’y a qu’un pas pour penser que ceux-ci se contredisent tout le temps alors qu’en réalité, ils emploient des termes similaires pour décrire des opérations et des phénomènes différents. Voyons ensemble quelques exemples…

Des idées interchangeables

Les diverses classifications attribuées aux trois principes alchimiques Soufre, Mercure et Sel sont secondaires. Elles sont des outils et non des vérités absolues. Or, il est difficile pour un Occidental habitué à manier un langage précis et rigoureux (un chat est un chat), d’utiliser une dialectique, dont les vocables, par leur nature philosophique, sont interchangeables.

En effet, en alchimie, selon le point de vue avec lequel on observe les choses, Soufre et Mercure peuvent, par exemple, être conjointement utilisés pour décrire une même situation. Tout dépend de ce que l’on veut décrire et à quelle époque on le fait.

La difficulté s’accroit ensuite à cause du découpage excessif des parties constitutives du monde. Dans notre mode de fonctionnement scientifique, l’infinie diversité du microcosme est un piège qui fait dévier le chercheur de son but principal, lequel est l’unité et non la multiplicité. On se retrouve alors avec des grilles de lecture multiples qui disent toutes la vérité, mais sous des angles différents.

L’exemple de la voie de l’antimoine

Lorsque l’on réalise un régule d’antimoine martial étoilé (tout le monde le connaît maintenant), il est de coutume d’affirmer que le culot qui se trouve au fond de la lingotière est le mercure (la chose grise sur la photo), et que le soufre est situé dans les scories qui surnagent le bain de fusion (la chose noire charbonneuse sur la photo).

régule martial étoilé - cfio.fr

Nous avons donc mélangé du fer avec de l’antimoine et l’opération a permis de séparer les principes martiaux de la façon suivante :

  • le mercure du fer a été capturé par le régule d’antimoine,
  • le soufre du fer a été isolé sur le dessus du bain de fusion dans ce qu’on appelle les scories ou Sel (certains ne seront pas d’accord avec cette classification et considéreront que le Sel est plutôt le fondant salin qui aura permis la séparation du mixte – souvent du nitrate de potassium. Mais au fond, ça ne fait pas avancer le Chmilblick pour autant…).

Un petit coup de marteau permet de dégager les deux parties.

Ça, c’est la théorie. C’est ce que vous trouverez le plus souvent dans les livres d’alchimie moderne, en particulier chez les adeptes d’Eugène Canseliet.

Là où cela se complique, c’est que notre régule d’antimoine, qui est ici considéré ici comme un Mercure, n’en contient pas moins également un Soufre. Plus exactement, un soufre solaire en germe, purement antimonial, et qui n’a rien à voir avec celui du fer.

Alors, que décide-t-on ?

Où est le Soufre et où est le Mercure ?

En fait, cela va dépendre de notre orientation de travail. Allons-nous utiliser le fer comme matière première ou bien l’antimoine ? Sachant que les deux options conduisent de toute façon à un résultat identique, c’est-à-dire une pierre.

• Si c’est la première réponse, alors l’antimoine devient un Mercure, et la scorie ferrique sera le Soufre.

• Si l’on décide en revanche que c’est sur l’antimoine que l’on travaille (comme dans la voie Burensteinas), alors le régule d’antimoine devient un Mercure au sein duquel se trouve enfermé un soufre solaire actualisé (ou réveillé) par celui du fer.  Ce soufre sera nourri ensuite par un feu magique jusqu’à la pierre.

En quelque sorte, l’opération du régule aura libéré notre soufre antimonial par sa rencontre avec le fer, sans lequel il serait resté coincé dans sa prison arsenicale.

Dans la seconde orientation de travail, la scorie ferrique ne nous est d’aucune utilité puisque le régule devient autogénérateur de la pierre. Certes, la scorie ferrique contient un soufre que nous pourrions isoler et utiliser, mais le protocole que nous suivions plus haut nous le fait situer ailleurs, c’est-à-dire déjà dans le régule. (Pour ceux que cela intéresse, vous retrouverez toutes ces précisions en détail dans ma formation d’alchimie métallique.)

Revenir aux fondamentaux pour être définitivement à l’aise

L’intérêt de ces approfondissements est que les étudiants perdent l’habitude de se crisper sur des définitions et des termes qui les empêchent d’évoluer vers une véritable réflexion philosophique.

Les principes alchimiques ne sont donc pas des choses, mais des idées modulables en fonction de la réalité opératoire et des voies suivies. Nous l’avons vu plus haut, un élément peut donc être qualifié de Soufre, de Mercure ou de Sel en fonction de la voie suivie ou du degré d’avancement des choses.

Il est donc important pour le novice qui veut s’extraire du labyrinthe, de bien méditer sur ce que signifient les trois symboles princiers de la philosophie hermétique. Mais il doit veiller en même temps à ne pas leur attribuer une définition rigide ou pire, les associer radicalement à un élément physico-chimique (ou même psychologique). Cette attitude trop courante les éloignerait dangereusement du but à atteindre.

Barillet VS Burensteinas

Beaucoup de gens m’écrivent pour me demander des explications au sujet de ce qu’ils croient être des contradictions entre mes enseignements et ceux de Patrick Burensteinas.

Qui croire quand Stéphane dit que le soufre, c’est un principe divin originel et Patrick que c’est un surplus d’émotions à évacuer ?! Que penser quand l’un dit que le mercure est le réceptacle de la pierre, et l’autre que c’est le sel ?!

Et bien, au risque de surprendre, et selon ce qui a été expliqué plus haut, nous avons raison tous les deux !

En effet, lorsque le principe alchimique Soufre est envisagé dans sa nature célestiel, il est bien cet agent universel et divin qui donne son caractère à toute chose. Il est l’animateur principal de la nature, le sperme fécondant à l’origine de chaque chose. Stéphane dit vrai.

Lorsque le soufre est observé sous un angle plus terrestre, il est considéré comme une signature individuelle, encore appelée caractère. C’est la contrepartie ici-bas du soufre céleste. Il est rempli d’émotions, de croyances et d’informations psychiques qui font qu’un homme est ce qu’il est. C’est la spécificité de chacun. Ce Soufre doit être purgé dans le travail initiatique. Patrick a raison.

Autrefois, il n’existait que deux principes. Soufre et Mercure. Le Sel est venu plus tard. On considérait alors qu’en tant que matrice féminine, le Mercure donnait son corps à la pierre, comme une mère le fait avec son enfant. Voilà pourquoi les anciens alchimistes attribuaient à la pierre philosophale le nom de Mercure. Stéphane dit vrai.

Quand plus tard la notion de Sel est devenue un standard,  les alchimistes l’ont considéré comme un médiateur entre le Soufre et le Mercure. Il a  donc pris le rôle du corps de la pierre. Patrick a encore raison.

Conclusion de cette deuxième partie

Les termes Soufre, Mercure et Sel, sont avant tout des supports de méditation au même titre que le sont le Yin et le Yang de la tradition taoïste chinoise ; laquelle connait, elle aussi, dans sa version médicale, de profondes délibérations dialectiques qui ont tendance à déstabiliser les étudiants.

On n’a donc rien sans rien dans ces domaines où la maitrise des principes demande souvent de nombreuses années d’études. Il n’en va pas différemment en alchimie.

Suite au prochain épisode…

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Et qu'on se le dise par Toutatis !