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Solitude et vie initiatique – partie 2

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Dans cette deuxième partie consacrée à la solitude spirituelle, nous allons étudier des solutions qui permettent d’accompagner le besoin de repli, sans risquer de s’isoler inconsidérément. Tout est affaire de dosage, car chaque situation est unique. Le mystique qui souhaite s’octroyer des moments de solitude devra donc tenir compte de ses responsabilités…

Organiser son repli

Prendre ses responsabilités ne signifie pas non plus tout supporter sans rien faire ou sans rien dire. Dans la plupart des cas, nous pouvons changer le cours des choses dans la mesure où nos engagements sont assumés. Par exemple, si vous souhaitez vous affranchir du stress professionnel, changez de boulot ou formez-vous à un autre métier. Peut-être celui auquel vous pensez depuis longtemps sans jamais avoir jamais osé passer le cap.

Si vous en avez assez d’engrosser les banques, choisissez de vendre votre maison et de profiter un peu plus de la vie. Si vous en avez assez de votre femme ou de votre mari, essayez donc une thérapie de couple et séparez-vous seulement si ça ne marche pas. Dans tous les cas, protégez vos enfants et continuez à vous en occuper, car ils ont besoin de vous. Un enfant est proche de Dieu. Il peut tout comprendre si votre démarche est juste.

Les personnes qui lâchent tout du jour au lendemain pour n’être disponibles qu’à leur seul besoin d’intériorité risquent de se tromper sévèrement de chemin. Dans leur cas, ce qu’ils appellent renoncement peut s’avérer n’être que pur abandon. Ce n’est pas bon. Lorsque l’on parle de s’affranchir des passions humaines et des attachements matériels, il ne s’agit pas non plus de renier sur un coup de sang notre place dans la société parmi nos semblables Chacun a un rôle à jouer dans le grand mécanisme universel. N’en faire qu’à sa tête et tout balancer sous prétexte d’illumination spirituelle n’est souvent que le signe d’un profond égoïsme bien dissimulé. Quelquefois, c’est de la lâcheté.

Si le cours de votre vie se dirige vers de tels grands changements, prenez le temps de vous organiser et de régler vos affaires une à une, quitte à revoir votre projet à la baisse si certaines de vos responsabilités sont impératives. Je pense à nouveau aux enfants dont on peut encore avoir la charge d’élever, ou à d’autres situations qui réclameraient notre présence pour s’achever. Sinon, nous sommes dans la fuite négative.

Faire une retraite régulièrement

Je ne préconise jamais de grandes révolutions existentielles. L’homme est si instable et inconsistant qu’il doit se méfier de lui-même à tout instant. La vie spirituelle est pleine de pièges. Les nombreuses personnes qui ont essayé la vie monastique par exemple le savent bien. On peut être fasciné par ce type d’engagement et faire l’amère expérience de l’échec pour avoir conclu trop tôt à la vocation.

Personnellement, la vie monastique et l’érémitisme m’ont très souvent tenté. Je m’y suis pourtant toujours refusé parce que je me connais bien. Alors, j’ai opté pour des retraites en monastère à fréquence régulière, de plus en plus longues, jusqu’au moment où j’ai occupé une petite maison très retirée dans la campagne bretonne, dans laquelle j’ai vécu une vie semi-érémitique pendant dix ans, en ne voyant quasiment personne, si ce n’est les quelques patients que j’accompagnais en thérapie, ma compagne, et le petit groupe gnostique que j’animais.

Il est souvent nécessaire de faire des compromis. J’ai trouvé le mien en ajustant mon besoin de solitude avec mes possibilités et mes besoins matériels d’alors.

Un monastère chez soi

On l’ignore souvent, mais les règles de la vie monastique peuvent s’appliquer à la vie laïque si tant est qu’on s’organise un peu. Vous trouverez dans ce petit livre intéressant tout ce qu’il faut savoir sur l’art et la manière de faire des retraites spirituelles… chez soi !

Ne plus voir personne?

La solitude, ce n’est pas ne plus voir ni parler à personne. Sauf exception rare, ce genre de réaction est pathologique et dangereuse. Jésus lui-même alternait entre retraites au désert et prédications dans le peuple ou partage avec ses disciples.

De plus, la confrontation au monde extérieur nous permet de nous étudier beaucoup mieux et d’éviter la complaisance et la suffisance narcissique. C’est l’un des pièges spirituels les plus sournois. L’homme qui s’isole trop est en danger d’autocontemplation.

Une bonne solitude doit favoriser l’éveil et la vigilance. Elle est aussi la chambre d’écho de la vie intérieure. Ce qui se passe au-dedans prend du relief dans le silence et l’immobilité, et nous permet d’en prendre conscience par l’observation de soi. Mais le bénéfice de ce travail doit servir au bien commun et être validé ensuite dans le monde extérieur. D’où la nécessité de rester en contact avec les autres.

Les chartreux, par exemple, qui sont un ordre de moines ermites, n’ont le droit de se parler qu’une fois par semaine, le dimanche pendant la promenade hebdomadaire. Il faut voir ça ! Ça papote et ça plaisante à qui mieux mieux ! Le reste du temps, ils se taisent ou s’écrivent. En fait, ils s’écrivent beaucoup et ils écrivent aussi des livres destinés à être lus par le grand public, ce qui prouve bien qu’eux aussi ont su répondre à la nécessité d’être en lien avec tous.

Gérer les amis

Ne regardez pas vos amis ou connaissances de haut parce que vous croyez avoir tout compris et eux rien. Cela va peut-être vous étonner, mais la moitié de mes amis actuels ne sont absolument pas des gens spirituels. Je n’en parle jamais avec eux parce que cela ne les intéresse pas du tout. Ils savent que je suis alchimiste ou un peu fou, peu m’importe. Ils m’apprécient pour tout un tas d’autres choses et acceptent les moments où je ne suis pas disponible. Ils ne m’en veulent pas de préférer parfois être seul qu’avec eux.

Que fais-je avec de tels amis, me demanderez-vous?  Pour moi, c’est un exercice important que de rester profondément humain et disponible. Le sage sait et se tait n’est plus valable à notre époque. Je ne juge pas mes amis et partage avec eux des occupations agréables comme des ballades dans la nature, de la musique, de la boxe…

Ma compagne sait également que la solitude fait partie de ma vie. Il faut expliquer à notre entourage familial et à nos amis que vouloir être seul de temps en temps ou très régulièrement ne signifie pas ne pas les aimer ou les aimer mal. Si vous êtes confrontés à des remarques désagréables ou carrément agressives, expliquez que votre attitude n’est pas un rejet ni une moindre considération affective à leur égard. S’ils ne comprennent pas où essaient de vous contraindre par la menace ou par une forme ou une autre de tyrannie, ce ne sont pas des amis, mais des parasites affectifs. Débarrassez-vous-en sans regret ou demandez-leur de se soigner 🙂

Gérer la famille

Le cas de la famille est plus difficile. Il faut être patient et continuer à dialoguer jusqu’à ce que la critique ou la désapprobation vous soit égale. Mais quelquefois, ça peut devenir l’enfer et pour toute réponse, l’autre peut s’en aller tout bonnement et vous quitter sur-le-champ. Si ça vous arrive, ne restez pas seul. Faites-vous aider par un thérapeute ou de bons amis et continuez votre chemin.

Il ne faut jamais céder à la menace de rupture. Mais ayez toutefois la délicatesse de vérifier si votre attitude est ajustée ou non. Il se peut que vous en fassiez trop et oblige votre partenaire ou votre famille à réagir. Dans ce cas, acceptez de vous remettre en question.

On continuera à discuter de tout ça dans la troisième partie…

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Et qu'on se le dise par Toutatis !