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Solitude et vie initiatique – partie 3

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Suite et fin de cette trilogie consacrée à la solitude initiatique. Après avoir étudié le besoin de repli social consécutif à la pratique spirituelle, nous avons vu comment se positionner parmi les autres tout en respectant nos responsabilités. Aujourd’hui, nous allons découvrir quelques exercices qui permettent de vivre la solitude sous d’autres latitudes…

Apprenez à être seul parmi les autres

On associe couramment la solitude avec le fait de n’être en compagnie de personne. Le sage sait néanmoins qu’il n’est jamais seul dans l’univers car tout ce qui l’entoure, y compris la Nature, est vivant. La solitude n’est donc pas un état de séparation avec le monde ou les autres.

La solitude spirituelle est un état de conscience unifié. Peu importe que vous soyez accompagnés ou non, vous pouvez vous exercer à la solitude dans un bain de foule, en comité ou en famille. Il ne s’agit pas de rentrer dans sa bulle et de faire comme si les autres n’existaient pas. Il est plutôt question de demeurer entier dans des circonstances qui disperseraient la plupart des gens.

Nous n’avons pas toujours conscience à quel point nous singeons les autres au hasard des rencontres. Ce mimétisme que nous appelons adaptation nous éloigne pourtant de l’unité nécessaire à l’exercice d’une bonne solitude. En étant vigilants, nous pouvons stopper l’attitude du caméléon et rester entiers, quel que soit le comportement de notre entourage immédiat.

C’est un exercice et non une fin en soi. Vous n’avez pas à vous transformer en statue de sel pour autant et n’avoir aucune réaction. Vous avez à pouvoir être en présence à vous-même parmi des millions d’autres individus différents de vous, et que vous n’avez pas à imiter selon les circonstances. C’est cela être seul parmi les autres.

Apprenez à être seul dans le bruit

Les anachorètes et autres ermites ne partent pas dans le désert pour s’isoler forcément de leurs semblables comme on le croit, mais pour entrer dans un espace qui réverbère et amplifie les manifestations tumultueuses de la vie intérieure. C’est la même chose dans un monastère. L’absence de stimulations extérieures comme la télévision, la publicité, la circulation, les voisins qui s’engueulent et tout ce qui constitue les bruits quotidiens auxquels vous êtes habitués et qui inconsciemment vous rassurent, disparaît au profit d’un étrange silence. Sauf que ce silence est plus bruyant qu’on ne l’imagine, voire effrayant.

Une bonne solitude consiste à se soumettre au brouhaha d’une grande ville ou d’une manifestation quelconque et de s’entraîner à laisser passer la multitude des bruits plus ou moins proches que vos oreilles vont percevoir. Il n’est pas question de se boucher les oreilles, mais de ne plus faire éponge avec l’environnement. Ne plus être esclave des émotions que suscitent les interpellations extérieures, sans pour autant les ignorer.

L’exercice suprême survient la nuit alors qu’un chien aboie sans arrêt, un chat miaule en quête d’amour, un voisin fait la teuf, ou encore un volet claque dans le lointain. Dans ce cas, l’irritation est à son comble puisque nous voulons dormir. Nous serions prêts à tuer qui que ce soit pour pouvoir dormir tranquillement. Mais en respirant et en nous invitant nous-mêmes à intégrer ces bruits parasites comme des manifestations de la vie universelle, quelque chose de surprenant peut arriver. Nous ne cherchons plus à vouloir que le tapage s’arrête. Plutôt que de se boucher les oreilles, nous cherchons à amplifier le son, nous lui ouvrons notre conscience jusqu’à nous fondre en lui. En nous abandonnant totalement, comme le bébé qu’on a déposé près d’une enceinte de sono, nous aussi allons nous endormir, comme si l’univers était vide et silencieux.

La fin de l’identification systématique au monde (parler comme, ressembler à, s’opposer à…), est un passage délicat de l’initiation spirituelle.

Apprenez à être seul sans souffrir de manque

Je l’ai évoqué plus haut, le silence provoque de l’effroi chez beaucoup de gens, même lorsqu’ils le recherchent, car il est associé au néant et à l’absence. Par extension à la mort.

Pour combler ce vide, nous nous remplissons de tout un tas de choses. Nous nous agitons pour créer l’illusion d’un mouvement perpétuel qui nous occupe et nous empêche de penser à l’évidence. Dans un monastère, le simple fait de manger en silence parmi les autres est une épreuve insurmontable pour beaucoup. J’ai déjà vu des personnes quitter la table si rouges qu’on croyait qu’elles allaient exploser…

La solitude fait peur aux gens. Les sites de rencontres et les réseaux sociaux le prouvent. On préfère s’amasser les uns sur les autres et raconter tout et n’importe quoi, plutôt que d’affronter le vide et l’immobilité. C’est une source de souffrance répandue. Elle est aggravée par la croyance actuelle qui veut qu’un homme silencieux manque forcément d’éloquence, de même qu’un homme seul est nécessairement malheureux.

L’image sociale nous pressurise sans arrêt et nous coupe de l’essentiel. Nous avons à nous dépolluer de ces influences négatives et à retrouver notre intégrité intérieure. Notre joie d’être tout simplement. La solitude est un puissant médicament pour cela. Elle nous permet de nous retrouver et de pointer nos richesses intérieures, au-delà du manque et du désespoir qui animent l’homme moderne dans sa course folle vers… le grand rien.

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Et qu'on se le dise par Toutatis !