Solis – l’ésotérisme au cinéma 5

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Sorti en ce début d’année 2019, Solis fait parti de ces films ésotériques parfaitement bien dissimulés derrière un scénario de science-fiction banal et qui, comme à l’accoutumée, ne remporte pas l’engouement du public. Comment en serait-il autrement étant donné le contexte métaphysique qui se dégage de cette oeuvre cinématographique aux contours franchement christiques ? Réalisé par l’illustre inconnu Carl Strathie, ce huis clos met en scène l’acteur Steven Ogg dans le rôle d’un ingénieur spatial ayant perdu le contrôle de son vaisseau et qui se dirige tout droit vers le soleil. Confronté à de lourdes épreuves physiques et techniques, Troy Holloway parviendra-t-il à échapper à la mort ?…

Le synopsis

Troy  Holloway, un ingénieur spatial, se retrouve dans une situation terrifiante : sa capsule de sauvetage dérive tout droit vers le Soleil. La Commandante Roberts, une voix désincarnée provenant d’un faible signal radio, est le seul lien qui lui permet de garder la tête froide avant qu’une équipe de secours ne vienne le sauver. Sa course contre le temps commence…

Comme d’habitude, le nom du héros contient des éléments symboliques intéressants. En anglais, Holloway semble être une contraction de hollow pour creux, cavité, mais donne aussi par extension ce qui est dissimulé, caché ou invisible ; et de way, le chemin, la voie, ce qui pourrait se traduire finalement par le chemin cachée ou encore la voie étroite. Nous avons là une brillante invitation au décryptage d’un mystère qui se trouverait en deçà des apparences. Autrement dit, le réalisateur nous dit clairement : « attention, cette œuvre n’est pas un simple film de science-fiction. Il faut creuser (hollowing) pour trouver le fil conducteur (way). »

Bien sûr, le titre Solis en lui-même devait déjà nous mettre la puce à l’oreille, car il est évocateur du sujet principal de ce film, à savoir la grande tradition spirituelle soli-lunaire. Ce qui sera confirmé par de nombreux éléments symboliques présents dans le décor, les protagonistes, ainsi que dans le déroulement de l’intrigue.

La trame générale du film

Holloway est un ingénieur employé d’une firme d’exploitation minière qui a fait les frais d’une pluie de météorites exterminant ses collègues et le laissant seul aux côtés d’un cadavre (son coéquipier qui n’a pas survécu) dans une petite capsule de survie qui dérive vers le soleil. Celle-ci est endommagée et il lui est impossible d’échapper à la gravitation solaire, car son système de propulsion est HS.

Notons l’allusion hermétique sous-tendue par l’activité minière de la société qui l’emploie, les métaux ayant toujours servi de supports symboliques pour décrire le Grand-Œuvre alchimique. De la même façon, la météorite est également évocatrice du caillou cosmique, ou pierre brute des traditions initiatiques, une pierre que l’on retrouve aussi dans l’Apocalypse de Saint-Jean, c’est-à-dire le livre des morts occidentaux, ce sur quoi je vais revenir plus loin…

Cependant, Holloway n’est pas seul, car il est en contact radio avec une étrange voix féminine qui est celle du commandant Roberts (jouée par Alice Lowe, la seule actrice de cinéma n’apparaissant à aucun moment dans le film, ce qui a du sens…) et pilote du vaisseau Hator 18 cherchant à rejoindre Holloway pour le sauver

Le sauvetage est donc la trame principale du film, ce qui doit là aussi nous inciter à la réflexion analogique afin de savoir de quoi Troy Holloway doit être sauvé. De la mort ? Certes, mais laquelle ?

La face cachée de Roberts

Roberts n’est pas la vraie commandante d’Hator 18. Elle précise qu’elle a pris le commandement après la mort du chef de bord, dont elle précise qu’il est « mort pour nous sauver » — décidément ! durant une sortie spatiale pour réparer le vaisseau endommagé lui aussi par une météorite. Cette simple remarque nous plonge dans l’univers du christianisme des origines (selon le dogme catholique, Jésus n’est-il pas mort lui aussi pour nous sauver ?) et nous allons alors pouvoir comprendre qui est vraiment Roberts (de rob en anglais signifiant dérober ou détourner…), cette voix que capte Holloway, et qui va à la fois le soutenir durant les épreuves qu’il traverse et lui faire faire son mea culpa avec beaucoup de tact et de profondeur.

Pour comprendre qui est Roberts, il nous faut analyser le nom du vaisseau qu’elle administre. Hator est une déesse égyptienne considérée comme l’œil de Ra (le soleil) qui châtie les humains dans l’ogdoade d’Hermopolis. Elle est considérée comme la « maîtresse de l’Ouest », c’est-à-dire celle qui accueille le mort dans sa nouvelle vie. Nous comprenons alors une chose importante. Sous couvert d’un astronaute perdu dans l’espace, Holloway est en fait un défunt qui fait un voyage cosmique à l’instar des morts égyptiens dans leur barque (ici la capsule), et qui traverse les phases eschatologiques du devenir posthume. D’ailleurs, il l’affirme lui-même lors d’une scène capitale : je suis déjà mort… On ne peut pas être plus clair.

En d’autres termes, Solis nous décrit les étapes de la vie après la mort selon la grande Tradition solaire des premiers chrétiens, Hator incarnant ici la sphère lunaire ou Vierge Marie (18 est le numéro de l’arcane LUNE dans le Tarot), qui est ce que les initiés appellent la Porte des étoiles. D’ailleurs, à un moment crucial, on nous montre très distinctement la porte du vaisseau Hator complètement ouverte, ce qui rajoute du crédit à cette interprétation ésotérique.

Précisons que cette tradition spirituelle eschatologique est encore vivante et qu’elle préside, en toile de fond, au sein de la plupart des institutions initiatiques et occultes de l’Occident, franc-maçonnerie y compris…

La seconde mort

D’une manière magistrale, le réalisateur Strathie a réuni les principaux ingrédients du décor posthume selon les enseignements de la gnose ancienne. En effet, conformément à la Tradition, il met en scène l’intégralité des constituants occultes de l’être corps-âme-esprit, d’où le choix du prénom d’Holloway qui est Troy, pour la racine 3, qu’il est également possible de rapprocher de Troj pour Trojan, signifiant Troie relativement au mythe du Cheval de Troie, dont la symbolique ésotérique est en rapport avec la nature tripartite de l’homme.

D’ailleurs, au cours, d’une sortie dans l’espace pour tenter de colmater une fuite d’oxygène, l’ingénieur Holloway réalise une soudure sur la coque de son vaisseau, dont on connait bien le rapport métaphysique avec une autre soudure, spirituelle celle-ci, préconisée par le gnostique Mouravieff dans son œuvre littéraire, et qui consiste à conjoindre l’âme et l’esprit comme l’alchimiste le fait avec son Soufre et son Mercure. Le résultat ontologique d’une telle opération permet au défunt d’être secouru exceptionnellement, c’est-à-dire de connaitre un destin eschatologique différent de celui des âmes communes qui subissent le schéma général de la mort.

Dans la capsule spatiale à la dérive, Holloway est assis à côté d’un corps inerte (son coéquipier), qui évoque ici la première mort, celle du corps. Le personnage d’Holloway représente donc le reliquat égotique de l’être en processus de décomposition, ce que les anciens ont appelé la seconde mort, c’est-à-dire celle de l’âme ou encore de l’ego.

Ce processus est plus long que celui du corps. Il se déroule dans l’au-delà (les confins de l’espace dans le film). Selon les enseignements gnostiques, la conscience du défunt doit passer par une étape d’introspection et d’auto-jugement devant aboutir à un repentir naturel, ce qu’Holloway exprime pathétiquement en faveur de sa femme qu’il a fui après la naissance de leur enfant. Il reconnait sa lâcheté et sa faiblesse devant la lumière solaire, face à la conscience universelle, et il est aidé en cela par la voix féminine qui est l’Âme du Monde (Roberts) symbolisée par la Lune mariale ou éternel féminin et dont la fonction spirituelle pour les défunts initiés est de les détourner (to rob) des affres de la seconde mort.

Après la reconnaissance de ses fautes, il peut être libéré et retourne à la source solaire d’où toutes les âmes émanent, allant et venant alternativement entre l’incarnation terrestre et le logos créateur. Le film se termine par une phrase d’Holloway qui sera interprétée différemment selon que l’on se placera du côté profane ou bien du côté sacré : Je retourne à la maison, dit-il dans un éclair éblouissant…

L’oeil de Ra

La symbolique de l’oeil est très présente dans le film, ce qui n’est pas étonnant lorsque l’on connait l’implication de l’organe oculaire dans la voie alchimique solaire menant à la pierre philosophale du règne angélique, ultime moyen d’atteindre à l’immortalité de l’âme par la victoire sur la seconde mort, laquelle entraine, comme les initiés le savent, l’extinction finale et définitive de la conscience après la mort.

L’oeil est partout. Le hublot de la capsule manifeste une cristallisation qui rappelle le cristallin de l’oeil. Holloway est lui-même touché par la surbrillance de la lumière solaire alors qu’il ne peut échapper à sa vision, ce qui entraine, là aussi, une cristallisation (christ-alisation) de ses rétines.

L’oeil est encore présent lorsque le vaisseau Hator 18 s’interpose comme une éclipse soli-lunaire entre l’astre-roi et la capsule spatiale d’Holloway. Dans la théogonie égyptienne, Hator signifiant « demeure du dieu Horus », n’est-elle pas l’oeil de Ré, immortalisé dans le triangle flamboyant des maçons ? Horus, le dieu à tête de faucon, l’un des rares animaux à pouvoir regarder le soleil en face ?

Je pense que l’acteur Steven Ogg a été choisi par le casting pour son jeu particulièrement éloquent du regard. Un bon moyen de souligner peut-être — s’il le fallait encore — le profond trait optique mis en scène pour les besoins de la cause.

En ouverture…

L’ingénieur (métier que l’initié Jules Vernes considérait dans l’Île mystérieuse comme une métaphore de l’homme connaissant) se dirige vers le soleil dans sa capsule au même titre qu’un très grand nombre de météorites, lesquelles représentent les âmes communes qui n’ont pas de véhicule (spirituel s’entend) et qui vont directement se dissoudre dans le brasier solaire.

L’homme de connaissance qui a travaillé toute sa vie à établir une liaison avec le logos solaire — soit Dieu —, parvient au seuil de la mort dans un véhicule spécial, un Char triomphal dira Basile Valentin, un chariot de feu diront les frères d’Élie, un corps de Gloire diront les mystiques chrétiens. Il ne sera pas soumis aux mêmes lois de transformation que le commun des mortels. Il lui sera offert une chance de survivre à la seconde mort et, à l’instar du Christ, de la vaincre

Bien des mystères sont dissimulés dans ces connaissances, que l’on retrouve à tous les carrefours des religions et des traditions spirituelles, et qui ont toutes la même origine cosmique : le soleil. Solis.

Et qu'on se le dise par Toutatis !