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Le secret de la multiplication alchimique

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Dans cet article, je vais vous révéler un enseignement alchimique dont très peu d’adeptes ont parlé. Il s’agit d’un point de science hermétique qui, contrairement aux apparences, semble avoir toujours été clairement et largement expliqué par les alchimistes détenteurs de la pierre. Or, comme on le sait, il convient de se méfier des démonstrations littéraires trop évidentes, car elles masquent fréquemment des connaissances profondes que les étourdis ont tendance à survoler et à prendre au pied de la lettre

Des vessies pour des lanternes

Dans un remarquable passage du Mystère des cathédrales, Fulcanelli nous rappelle que tout chercheur sincère doit se méfier des affirmations trop claires des livres d’alchimie. Cherchez, frères, écrit notre adepte, sans vous rebuter, car ici comme en d’autres points obscurs il vous faut faire un gros effort. Vous n’êtes pas sans avoir lu, en plusieurs endroits de vos ouvrages, que les Philosophes ne parlent clairement que lorsqu’ils veulent écarter les profanes de leur Table ronde.

La mise en garde est suffisamment explicite pour que nous la gardions à l’esprit constamment durant notre étude des arcanes pratiques de l’art d’Hermès. Car, les chercheurs auront remarqué que le chapitre de la multiplication de la pierre, par lequel la plupart des adeptes terminent leurs ouvrages, ne présente en apparence aucune difficulté de compréhension particulière. À tel point que l’on considère généralement tout savoir sur l’art et la manière de multiplier les vertus et la puissance transmutante de la pierre philosophale.

Ce serait commettre là une erreur regrettable, car il est une règle d’or en alchimie qui impose à tout aspirant à la sagesse de chercher à lever le voile sur les évidences présupposées.

La fin de l’œuvre

On oublie souvent que le travail alchimique ne consiste pas à fabriquer un produit fini mais, selon l’énoncé, à réaliser un œuvre. Si les anciens ont choisi de nommer leur labeur alchimique un grand œuvre, ce n’est pas pour rien. L’œuvre en question ne consiste pas à appliquer une simple recette avec un début et une fin, mais à vivre un processus initiatique, par conséquent existentiel, dont les contours ne sont pas définis avec précision.

La multiplication de la pierre répond parfaitement à cette occurrence et nécessité doctrinale qui veut que le cheminement hermétique n’aboutisse jamais à une quelconque finalité. On retrouve d’ailleurs cette idée dans d’autres traditions spirituelles étrangères, comme le Zen, où le chemin se confond avec le but.

La multiplication alchimique est donc tout à fait autre chose que la simple augmentation quantitative et qualitative de la poudre de projection. Le chercheur sagace y verra plutôt, au travers des brumes d’Isis, l’écho de l’évolution universelle du vivant et de son perpétuel renouvellement dans la grande horloge du monde.

Quitter la vision puérile

Que nous disent les textes ? Que la pierre, une fois aboutie, doit subir un nouveau processus de dissolution qui la mènera vers un niveau d’évolution supérieure, autorisant un plus grand pouvoir de transmutation. Il est précisé que plus la pierre est multipliée, et moins il en faut pour transmuter de grandes quantités de métaux vils en or.

Qu’est-ce que cela signifie ?

Tout simplement que plus la pierre est pure et puissante, moins elle a besoin de corps terrestres (ou terrestéités) pour agir dans l’épaisseur du monde. Les métaux vils qui représentent la condition humaine terrestre et lourde, sont alors transformés par une énergie de plus en plus essencifiée, que certains artistes pousseront même, nous dit-on, jusqu’au niveau d’excellence de la lampe perpétuelle ; ce qui n’est, ni plus ni moins, que la pierre philosophale à l’état lumineux, enfermé dans une fiole capable de la conserver.

En réalité, la lampe perpétuelle possède un sens ésotérique beaucoup moins pragmatique. Il consiste à décrire l’état luminé d’une âme totalement glorifiée ayant atteint l’immortalité. Je vous en reparlerai abondamment dans ma prochaine formation sur la seconde mort et la création du corps de gloire (à paraître en ce début d’année 2018…)

D’ailleurs, le signe de la multiplication n’est-il pas celui de l’X, symbole de la lumière, sur lequel Fulcanelli, encore lui, nous a invités à réfléchir ?

Le X grec et l’X français représentent l’écriture de la lumière par la lumière même, la trace de son passage, la manifestation de son mouvement, l’affirmation de sa réalité. C’est sa véritable signature.

ou encore :

Il est singulier, d’ailleurs, que presque toutes les significations révélées par le signe du X aient une valeur transcendante ou mystérieuse. X c’est en algèbre la ou les quantités inconnues ; c’est aussi le problème à résoudre, la solution à découvrir ; c’est le signe pythagoricien de la multiplication et l’élément de la preuve arithmétique par neuf ; c’est le symbole populaire des sciences mathématiques dans ce qu’elles ont de supérieur ou d’abstrait.

Nous voyons bien dans cette démonstration que la multiplication de la pierre a pour but de conduire le processus alchimique jusqu’à des niveaux de plus en plus élevés d’illumination. Plus la pierre est multipliée, et plus l’adepte s’est éloigné des contingences matérielles de la vie ; plus sa pierre s’est quintessencifiée, et plus le fils d’Hermès a réalisé sa verticalité et gravi les barreaux de l’échelle des sages vers l’existence superlumineuse, but suprême de l’initiation.

Qu’en est-il du laboratoire ?

Ce qui n’est bien souvent qu’une métaphore ou un piège métaphysique, prend malheureusement une forme erronée dans l’esprit de nombreux aspirants. Même si les produits alchimiques tangibles des différents règnes de la Nature peuvent être augmentés en puissance – ce que l’expérience démontre – la réalité opératoire prouve que certaines limites, imposées par le déterminisme physico-chimique de ce bas monde, empêchent que les affirmations numérales des adeptes puissent être prises au pied de la lettre.

L’initié expérimenté n’a que faire des multiplications mathématiques de ses pairs lorsque ceux-ci affirment qu’à la troisième multiplication, la pierre subit une amélioration exponentielle qui va par exemple de 1000 à 10 000. Seule une personne n’ayant jamais eu la moindre expérience du laboratoire métallique, et encore moins celle de la transmutation, peut croire en de telles extrapolations.

Lorsqu’ils avancent ces thèses purement symboliques, les adeptes nous invitent seulement à envisager de déployer la puissance du verbe divin que nous avons réussi à condenser ici-bas, dans les mille directions alentour. En d’autres termes, l’initié qui a vu la lumière doit ouvrir les yeux de ses semblables. Il doit multiplier autant qu’il le peut, autour de lui, l’expérience de la transcendance et de la verticalité, qui sont, pour le genre humain, le but et le sens de l’existence.

La multiplication de la pierre sur le plan concret, autrement dit la pierre de laboratoire, n’est donc pas un phénomène aussi quantifiable que les adeptes ont bien voulu le dire. Objectivement parlant, on ne termine jamais vraiment la pierre. Celle-ci doit être constamment améliorée, nonobstant toutes les belles histoires que racontent nos livres, illustrant ces initiés mystérieux et leur petite poudre rouge attachée autour du cou, et qui durant leurs pérégrinations et voyages, réalisent ici et là d’impressionnantes transmutations métalliques devant des témoins initiables. Ces fables ne sont pas toujours dénuées de fondement, mais comme pour tous les contes et légendes, elles doivent être assimilées avec prudence et profondeur.

Il l’avait bien compris

Concluons par une citation de Roger Guasco, extraite de son livre Azoth, dans lequel l’auteur, inspiré et peu connu, explique à sa manière ce qu’il convient de ne jamais oublier dans le Grand-Œuvre, si l’on ne veut pas confondre la forme avec le fond.

La Multiplication : Cette phase va finir le Grand-Œuvre. Elle est marquée par la couleur rouge, la couleur de l’Esprit, du sang du Christ que contenait le Graal. Après être mort au monde qui l’entoure, après s’être libéré de la matière, l’initié renaît en Esprit. Il découvre alors la pierre philosophale, la quintessence des quintessences, cette pierre sur laquelle Jésus voulait bâtir son église. Il découvre en lui-même la Vérité. Après sa propre transmutation, il devient lui-même le transmuteur de ceux qui, après lui, chercheront la Vérité; il leur a ouvert un chemin par sa propre quête.

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