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Roger Caro et la voie du cinabre

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Après Eugène Canseliet, le deuxième personnage ayant marqué considérablement le petit monde de l’alchimie française du milieu du XXe siècle est sans conteste Roger Caro. Chef de file d’une voie alchimique dite humide utilisant le minerai de cinabre, Roger Caro fut aussi l’animateur d’une organisation gnostique chrétienne d’influence rosicrucienne, les FAR+C… Que sait-on aujourd’hui de cet ordre initiatique et quelle est la vérité sur la voie du cinabre?…

Un peu d’historiettes…

Dans les années 70, Roger Caro publie un ouvrage photographique dans lequel il fait la démonstration positive de la voie alchimique du cinabre, dont l’origine géographique se situe en Inde. Les clichés montrent pour la première fois dans l’histoire toutes les phases de cette voie jusqu’à la transmutation des métaux en or et argent.

Ce procédé métallique n’utilisait aucun laboratoire car l’ouvrage se réalisait dans un unique ballon en verre en quelques semaines seulement. Autant dire que les FAR+C de Roger Caro ont attiré les foules car chacun y voyait la possibilité de faire la pierre philosophale rapidement, à moindres frais et surtout très facilement. De plus, la perspective de la transmutation était si prononcée qu’à cette époque, on ne jurait plus que par les FAR+C, d’autant qu’Eugène Canseliet en avait déjà déçu plus d’un… Tentés par cette facilité apparente, beaucoup ont quitté le maitre de Savignies pour rejoindre l’Église de la Nouvelle Alliance, l’ordre extérieur des FAR+C.

Certaines publications de Caro comme le Legenda, laissaient entendre que l’ordre des FAR+C remontait à une haute époque chevaleresque, preuves, sceaux et parchemins à l’appui. En  2007, après avoir dit le contraire dans la première édition de son livre Pour la Rose Rouge et la Croix d’OR, Jean-Pierre Giudicelli de Cressac Bachelerie dément courageusement l’histoire ancienne des FAR+C en précisant: au décès de l’Imperator, nous avons constaté ce que nous savions depuis longtemps : les FARC+C étaient une création ex nihilo…

Alchimique ou pas?

La voie du cinabre a fait couler autant d’encre que celle de l’antimoine. Elle avait ses partisans et ses détracteurs. Son côté facile et rapide la rendait attrayante même si, comme dans l’école de Canseliet, il fallait décoder une recette miracle jalousement dissimulée aux indignes. Depuis, le procédé en clair a été publié plusieurs fois, et a été réalisé par de très nombreuses personnes.

Mais était-ce bien la pierre philosophale? Giudicelli, qui est bien placé pour le savoir puisqu’il a été le responsable pédagogique des FAR+C et également responsable des images photographiées, précise qu’aucun FAR+C n’a pu faire la pierre philosophale… La pierre rouge obtenue n’est pas la pierre rouge de l’alchimie traditionnelle, bien qu’on obtienne des traces d’or…

En effet, la voie du cinabre fait partie des procédés alchimiques dits « particuliers », dont la fonction est avant tout pédagogique. En outre, les références techniques de la méthode Caro (tout comme celle de Canseliet d’ailleurs) n’ont aucun antécédent écrit. Ceci souligne encore la possibilité d’une création personnelle, à moins que la recette en question, sous couvert d’allégories, en décrive une autre bien plus importante et réservée à ceux qui ne se seraient pas laissé prendre au traquenard de la transmutation. D’après les publications qui ont suivi sur la voie du cinabre, force est de constater que bien peu furent capables de discernement… Le procédé est pourtant courant dans les ordres initiatiques à vocation alchimique, où l’on appâte nécessairement le néophyte avec de mirobolantes promesses, pour voir comment il va réagir.

Cependant, J-P Giudicelli de CB précise avec raison que le mérite de Roger Caro réside dans le fait d’avoir attiré l’attention sur quelques points de science comme l’alkaest par exemple. Je rajouterai pour ma part l’intéressante corrélation alchimique et gnostique dont Caro avait eu l’intuition, sans toutefois en avoir suffisamment précisé les contours. En tout cas, ce rapport n’a jamais été véritablement compris par les Frères qui avaient rejoint Roger Caro sur ce terrain, uniquement attirés pour la plupart par l’appât du gain transmutatoire. En effet parmi tous les évêques gnostiques consacrés par Caro, combien étaient véritablement convertis? Certaines personnes m’ont avoué avoir accepté d’être consacrées aux ordres gnostiques sans aucune conviction chrétienne et uniquement pour faire plaisir à Roger. Avec le temps, j’ai vu où cette attitude les avait menés…

La Rose et la Croix

Après les échecs systématiques du cinabre, quelques FAR+C plus avisés que d’autres, eurent accès à une information étrange pour l’époque, et qui concernait la possibilité de réaliser la pierre philosophale avec du sang humain, procédé que semblait masquer le cinabre à mots couverts…

Même si l’oeuvre des FAR+C est assurément une création ex nihilo dans la forme, elle ne l’est pas du tout dans le fond, ce qui a échappé à beaucoup. Il faut remonter en effet à une époque lointaine où une certaine confrérie d’adeptes réels brandissait la bannière de la rose et de la croix et étaient les dépositaires ancestraux de toute la connaissance alchimique antique. C’est la peu connue Rose-Croix d’Or, dont le travail et la présence actuelle n’ont absolument rien à voir avec les organisations modernes portant le même nom.

J’ai donné en clair de nombreuses informations théoriques et pratiques sur cette prestigieuse voie dite sacerdotale dans la formation Le Grand-Oeuvre alchimiqueAu regard de celle-ci, bien des points obscurs de l’Oeuvre de Roger Caro trouvent leur explication positive, dans la mesure où l’on est capable d’élever son point de vue jusque-là.

Dernières indications…

JP Giudicelli précise également que le procédé du cinabre pourrait prendre une tournure beaucoup philosophique dans la mesure où on lui adjoindrait l’élément lumineux solaire dans une certaine phase de l’oeuvre. Ce qui répond cette fois à une pratique traditionnelle décrite dans des documents ultra-secrets, où l’on sépare le sulfure de mercure au moyen des rayons concentrés du soleil… j’ai traité de façon exhaustive de cet aspect dans l’encyclopédie d’alchimie soli-lunaire du CFIO.

Pour ceux qui souhaiteraient continuer leurs recherches dans le domaine des voies métalliques humides, j’ai également publié récemment une formation sur le sujet, dans laquelle est décrit le procédé traditionnel du mercure coulant. On peut considérer que celui-ci est le véritable ancêtre de la voie du cinabre, dont Roger Caro avait raison d’attribuer la paternité à l’Inde ancienne.

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Une légende tenace

Dernière chose concernant la voie du sang. Vous lirez partout sur Internet que ce chemin hermétique est celui des vampires et des dictateurs. Cette vision procède de la pure superstition ou de l’ignorance, car  il est clair que le procédé sanguin est, de très loin, celui qui fut le plus suivi par les adeptes, en particulier dans le contexte des organisations rosicruciennes.

La difficulté majeure de cette voie reste, bien sûr, l’approvisionnement en matière première. La plupart du temps, les alchimistes ont utilisé leur propre corps, mais pas toujours. C’est autour de personnages sanguinaires comme Gilles de Ray qu’est née la légende des alchimistes dictateurs. Celui-ci ayant mal compris le processus du Grand-Oeuvre, il récoltait des quantités astronomiques de sang humain chez des victimes assassinées dans l’espoir de fabriquer la pierre philosophale. Un autre exemple moins connu fut le pape Innocent VIII qui, au 15e siècle, se fit transfuser du sang de plusieurs adolescents et en mourut, parce qu’on ignorait à cette époque le principe des rhésus sanguins.

D’ici peu, je publierai une formation sur les voies de substances dans laquelle nous étudierons des alternatives à la voie du sang, menant au même résultat, et sans les inconvénients de l’autoperfusion.

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