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Pierre philosophale VS corps de gloire

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Les habitués du jargon ésotérique ne sont pas étonnés de  voir régulièrement associés la pierre philosophale et le fameux Corps de Gloire des grands mystiques. Mais finalement, ce rapprochement est très conventionnel, car en réalité, on sait bien peu de choses sur ces sujets dans les milieux initiatiques. Les confusions et les partis pris fusent en tout sens entre les partisans des alchimies internes et les cracks du labo qui ne jurent que par la lingotière et le sparadrap. Mettons tout le monde d’accord dans cette nouvelle mise au point…

L’alchimie s’occupe-t-elle forcément de la réalisation du corps de gloire ?

Assurément, non. Les champs d’application de l’alchimie sont très vastes. Au cours des siècles, l’universalisme hermétique a développé des branches de recherche dans de très nombreux domaines. De la pharmacopée à l’artisanat des métaux précieux, en passant par la forge, on trouve de l’alchimie à tous les carrefours des arts et des sciences.

Si l’on s’en tient à la définition primaire de l’alchimie, il s’agit de l’art des transformations et transmutations de la matière. En somme, lorsque vous faites de la bière, du fromage ou de la marmelade (si, si! Michel de Notradamus a écrit un traité des confitures !), vous faites de l’alchimie.

De même  quand vous purifiez les métaux, ou que vous tyrannisez un morceau de fer rougi au feu avec votre énorme marteau de forgeron, d’une certaine manière, vous faites de l’alchimie. Pour un adepte, le feu est toujours l’agent transformateur, quel que soit son niveau de manifestation.

Dans les siècles précédents, les médecins, apothicaires, chercheurs en science physique et artisans des métaux étaient très souvent des alchimistes accomplis. Il n’y avait pas comme aujourd’hui de séparation nette entre le travail sur la matière et la contemplation des oeuvres divines.

Il était possible à tout homme, et pas seulement aux religieux, d’établir un rapport intime entre la matière en évolution et certaines valeurs sacrées fondamentales. La noblesse des artisanats et l’éthique revendiquée par les anciennes guildes de métiers n’ont pas d’autre origine que l’influence de la vieille alchimie.

De là à penser que la pratique d’un artisanat peut conduire à une formidable transformation de l’être, pour avoir pratiqué la forge durant de longues années, je peux affirmer que c’est vrai. À tel point que l’Orthodoxie orientale a codifié l’art d’écrire une icône comme une voie spirituelle à part entière. Et pourtant, ce n’est en apparence qu’un simple exercice de peinture…

L’obtention de la pierre philosophale aboutit-elle forcément à la réalisation du corps de gloire ?

Résolument, non. Beaucoup d’alchimistes ont fait la pierre du règne minéral par exemple, et ont de ce fait réussi des transmutations métalliques majeures, ou même des guérisons spectaculaires. Peut-être pour certains d’entre eux ont-ils prolongé leur durée de vie terrestre par l’ingestion du fruit hermétique qui n’est, en définitive, qu’une pastille de vitalité concentrée.

Et même s’ils ont été forcément transformés par ce travail d’alchimie de laboratoire, ces adeptes n’ont pas toujours été concernés par la survivance de l’âme au-delà de la mort qui caractérise précisément l’aboutissement du corps de gloire.

Beaucoup sont morts en bons chrétiens, avisés à des niveaux très élevés des secrets de la Nature, mais sans désir particulier d’illuminisme spirituel ; ou en tout cas, pas à la manière des modernes habités d’ambition et de performance. Trop humbles pour vouloir entrer chez Dieu, mais suffisamment pieux pour recevoir les dons de la connaissance et en user durant leur séjour terrestre, c’est ainsi que de nombreux sages ont traversé l’existence.

Repus d’avoir percé les mystères de la matière, ils acceptèrent au soir de la vie de s’éteindre dans la grande Lumière universelle sans rien demander, heureux d’avoir pu voir cette lumière là où d’autres n’y voient que du feu…

Ont-ils fait le corps de gloire sans le savoir, ou en ont-ils hérité d’un par mérite et désintéressement spirituel ? C’est un  bruit qui court dans les couloirs de certains monastères…

Il est intéressant en effet de se demander si le corps de lumière est donné ou fabriqué. Peut-être un peu des deux… Nous y reviendrons dans la prochaine formation du CFIO.

En quoi la pierre philosophale a-t-elle quelque chose à voir avec le corps de gloire ?

Il convient de répondre à cette question sous trois angles différents.

Le premier angle concerne le fait qu’il existe bien une pierre de laboratoire dont l’ingestion entraîne une évolution spirituelle importante. C’est indiscutable. Cependant, bien qu’une pierre de laboratoire puisse à elle seule engendrer des résultats métaphysiques, on ne peut pas imaginer qu’un artiste y parvienne sans avoir établi de véritable reliance avec le monde spirituel supérieur – pour ne pas dire Dieu. Sinon, c’est un simple archymiste qui connaît l’art et la manière d’améliorer les métaux. Cependant, être relié ne signifie pas forcément posséder (sic) un corps de gloire…

Le deuxième angle implique l’idée que le corps de gloire est la véritable pierre philosophale des Anciens, c’est-à-dire un procédé d’alchimie interne où les pratiques de laboratoire sont métaphoriques. Ici, l’affirmation que les expériences de labo sont spécieuses est fausse. En revanche, on peut s’en passer si le cœur n’y est pas, et tout miser sur un travail qui désigne l’homme comme la materia prima de l’oeuvre. Ou alors, et c’est souvent ce qui arrive, un travail de laboratoire important a engendré en amont des révélations progressives qui autorisent, à un moment donné, une forme de travail de plus en plus épuré. Un renoncement, donc, aux formes classiques et pondérales de l’alchimie instrumentistes. Selon la théorie hermétique générale, ce n’est nullement un problème puisque l’homme, au même titre qu’une plante ou un métal, fait partie de la Nature. On se tournera alors vers des voies scrupuleusement internes dont l’objectif est la réalisation de la pierre philosophale angélique, quatrième et ultime état du joyau philosophal selon les classifications presque communes d’Elias Ashmole (1617-1692) et des adeptes Dunstan (909-988) et Dickinson (1624-1707). J’ai donné mon avis sur la question dans mon encyclopédie d’alchimie soli-lunaire, mais j’y reviendrai dans une autre formation déjà annoncée ci-dessus.

Le troisième angle inclut les deux visions précédentes et signifie que le corps de gloire est le résultat d’un travail à la fois interne et externe ; qu’il nécessite l’utilisation simultanée d’un produit stimulant (qui est une pierre de labo) et d’une ascèse mystiques faite d’oraison ou de théurgie.  La pierre physique n’y est pas considérée comme toute-puissante comme dans le premier angle étudié plus haut, mais comme un simple adjuvant permettant d’inclure le corps dans le processus de transmutation. La tradition développée au CFIO, qui descend en droite ligne des enseignements de la vieille Rose-Croix d’Or,  est en parfait accord avec cette dernière vision.

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