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Peut-on s’initier à la spiritualité sans maître ni gourou? (Partie 1)

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L’autonomie spirituelle est un sujet d’actualité. Les affaires de sectes et le développement du new age ont rendu le public méfiant vis-à-vis de la spiritualité. D’où probablement la question de savoir s’il est possible d’être initié dans une voie spirituelle sans relation de maître à disciple? C’est-à-dire sans prendre le risque d’être trompé ou manipulé par un gourou… La psychose médiatique a beaucoup contribué à ce genre d’interrogation même si la question s’avère pertinente sur de nombreux points.

Dans cet article, je ne vais pas envisager le problème sous cet angle, car le débat des sectes me fatigue et je vous dirai pourquoi dans un prochain post. Ici, nous allons plutôt étudier les possibilités et les limites d’une démarche spirituelle autodidacte.

Une confusion fréquente

À notre époque, les gens cherchent des réponses. C’est indiscutable. Le désenchantement global du public vis-à-vis des anciennes valeurs matérialistes l’entraîne vers une recherche d’épanouissement plus essentielle, qui aboutit souvent aux portes de la spiritualité.

Une question se pose: est-ce que la recherche de réponses existentielles passe forcément par un engagement initiatique? Sans aucun doute, non. Et l’on peut quelquefois confondre les deux démarches. On a lu un livre, on a discuté avec quelqu’un, ou vu une émission de télévision, et quelque chose s’est réveillé en soi. Un déclic qui nous bouleverse et nous fait foncer tête-bêche dans la gueule du premier gourou qui passe.

La première recommandation sera ici de prendre le temps de bien comprendre les implications réelles de la démarche spirituelle. Avant de savoir si l’on a besoin d’un maître ou non, cherchons à bien analyser ce que signifie le chemin initiatique et surtout, quel genre de voies va nous convenir. Dans ce domaine, la précipitation est à proscrire.

Qui êtes-vous?

Il ne faut non plus céder à la peur. Les médias exagèrent. Concrètement, il y a beaucoup moins de sectes qu’on ne l’affirme. Dans tous les groupements humains, vous trouverez toujours des histoires bassement humaines. Le maître spirituel est lui aussi un humain avec des défauts. Ce n’est pas pour cela qu’il ne peut pas vous guider correctement.

La vraie question est ailleurs. Avez-vous la capacité d’apprendre seul? Êtes-vous assez structuré pour organiser vous-même vos recherches, vos lectures et vos expériences? Avez-vous assez de perspicacité pour vous remettre constamment en question lorsque cela s’avère nécessaire? Êtes-vous assez rusé et attentif pour renifler les pièges de la voie? Avez-vous assez de discipline et de méthode pour mettre en oeuvre un protocole de travail spirituel?

En général, c’est le boulot du guide que de vous aider à résoudre toutes ces questions. Mais encore une fois, il ne tient qu’à vous de vous débrouiller seul si vous en êtes capable.

Que dit la Tradition?

La Tradition ne dit rien qui ne soit en accord avec l’époque dans laquelle elle s’exprime. Avant l’ère de l’utra-communication, on n’avait pas trop le choix. La seule façon de recevoir une initiation passait par la rencontre d’un maitre ou d’un groupe initiatique. La démarche pouvait être longue et épuisante. Il fallait d’abord savoir dans quelle direction aller. Et puis il fallait aussi convaincre de sa bonne volonté.

Aujourd’hui, la plupart des voies spirituelles orientales et occidentales ont été publiées et largement commentées. Les secrets opératoires transmis jadis sous le manteau sont à la disposition de chacun. Certains pseudo-maîtres s’accrochent encore à leur sentiment de supériorité en faisant croire à qui le veut bien qu’ils sont détenteurs d’une praxis ultra confidentielle. Mon conseil, décrochez-vous de toute personne qui fait du chichi et qui n’a pas le profond désir de vous enseigner clairement…

Avantages et  limites de l’auto-initiation

En des temps reculés, certains anachorètes (moines ermites du désert) atteignirent la réalisation spirituelle sans savoir lire ni écrire. Cela en dit long sur l’importance des livres jugés si nécessaires dans notre civilisation. Une vieille rumeur affirme d’ailleurs que l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie ne serait pas un accident…

Dans les accompagnements spirituels que j’ai conduits, j’ai vu des personnes sans grande culture ésotérique faire des bonds de géant précisément parce qu’elles n’étaient pas encombrées de théories. Comme quoi, la virginité intellectuelle est quelquefois un avantage. En revanche, j’ai vu beaucoup d’érudits au cerveau farci de pseudo-connaissances, être parfaitement inaptes à apprendre quoi que ce soit de nouveau, ou à se remettre en question.

L’avantage d’une auto-initiation, c’est que vous êtes libre de dire oui ou non. Le désavantage, c’est que vous allez trier ce qui vous arrange et ce qui ne vous arrange pas. Le fait de filtrer l’information est bon en soi lorsqu’il s’agit de se confronter à des idées. Mais dans l’initiation, il est question de se traquer soi-même (comme disait Don Juan dans l’oeuvre de Castaneda).

Le guide spirituel est là pour vous démasquer sans cesse. Il n’a que faire que vous lui ressembliez ou que vous l’adoriez. Ce qu’il veut (parce que vous lui avez demandé de le faire), c’est vous aider à débusquer votre ego, cet usurpateur qui vous prive de la vie divine et vous coupe du réel.

Croyez-moi, cet adversaire est redoutable, car il est malin comme un vieux singe pour les Orientaux, et malin comme le démon pour les Occidentaux.

La limite est là. Il faut de la force et une lucidité aiguisée pour se démasquer soi-même. Sans guide c’est difficile, mais pas impossible…

Partie 2

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Et qu'on se le dise par Toutatis !