mort et alchimie - cfio.fr

La mort dans le processus alchimique

formations

Loin d’être un phénomène triste et morbide, les alchimistes ont toujours considéré le phénomène de la mort comme un élément positif d’évolution et aussi un outil dans les opérations de l’art. Cette idée dépasse l’espoir de la vie post mortem. Elle représente surtout le moteur des transformations de la matière et de l’âme que l’alchimiste cherche à réaliser dans son laboratoire.

Dans ce nouvel article, nous allons considérer la mort sous un angle différent et nouveau. Les idées qui vont suivre ne sont pas l’apanage de l’alchimie. Elles existent également dans d’autres traditions ésotériques comme des notions universelles que chacun devrait intégrer dans sa manière de vivre. En plus d’être des clés de réalisation spirituelle, elles sont aussi des éléments de développement personnel.

Dernier arrêt avant la lumière !

Dans le processus alchimique, la mort représente une étape fondamentale. Elle permet de mettre fin au statu quo naturel qui a vu la matière s’arrêter dans son évolution. Dans les entrailles de la Terre, comme dans toute existence animale ou végétale, existent des accidents de parcours qui sont susceptibles d’empêcher l’évolution de suivre son cours.

C’est en étudiant cette réalité que les alchimistes ont découvert que les métaux communs ou vils, c’est-à-dire tout ce qui n’est pas de l’or ou de l’argent, étaient en réalité des accidentés de la vie. Pour un alchimiste, tous les métaux sont destinés à l’origine à devenir de l’or qui est l’état d’évolution maximale des métaux.

La mort de l’un ou l’autre de ces métaux va rompre l’immobilité dans laquelle ils se trouvaient enfermés depuis longtemps. Ce passage va permettre à ce qui est précieux de continuer son périple. Il s’agira pour le métal de vivre une forme de résurrection conforme d’ailleurs aux nécessités de la vie initiatique telle qu’elle nous a toujours été enseignée par les adeptes et les sages. Dans ce cas de figure, la mort n’est pas l’arrêt définitif de la vie, mais plutôt l’inverse c’est-à-dire, son redémarrage.

La mort vivante

Lorsque nous transposons ce phénomène au plan humain, nous obtenons quelque chose de similaire ou l’individu va changer d’état. Il est bien connu que les processus de deuil donnent naissance à de nouvelles formes de conscience et quelquefois de vie.

Si vous enfermez un morceau de viande ou de poisson dans un bocal et l’y laissez quelque temps, vous allez voir apparaître de nouvelles formes de vie telles que des vers ou des mouches. D’où viennent ces insectes ? A fortiori, l’analyse préalable des matières organiques n’aurait permis de déceler aucune de ces créatures. Il s’ensuit que la mort débloque la vie en modifiant seulement sa forme. Que la mort est le passage d’un état à un autre.

Bien sûr, cette notion est beaucoup moins facile à accepter lorsqu’il s’agit de perdre un être cher. Le déficit affectif et physique couvre alors l’intégralité des bénéfices que décrit une telle philosophie. L’esprit doit alors considérablement s’élever pour pouvoir intégrer de la meilleure façon possible une telle situation. Pour le défunt, la chose est faite. Mais pour celui ou celle qui reste, l’activation évolutive est irrémédiablement en cours. Les choix qui seront faits à ce moment-là seront décisifs pour déterminer si la mort est venue ou non ouvrir une nouvelle porte existentielle. En réalité, la mort ne décide rien, c’est nous qui en faisons quelque chose ou pas.

Pense à ta mort…

Mais il n’est pas nécessaire d’être en situation imminente de perte conséquente pour penser à la mort. La tradition maçonnique invite le récipiendaire à se concentrer régulièrement sur cette maxime : « Pense à ta mort. » Pas question ici de cultiver des pensées sinistres et macabres. La réflexion se situe sur un autre plan, celui du présent. Si chaque jour le chercheur d’absolu se rappelle qu’il est susceptible de mourir dans quelques heures ou demain, alors son existence sera axée sur l’essentiel. Il ne perdra plus de temps à cogiter sur le passé qui est révolu, où sur le futur qui, dans ce cas est forcément hypothétique.

La tradition spirituelle alchimique nous enseigne que la mort couronne une vie de travail sacré. Elle ne devrait pas représenter une fin tragique, quelle que soit la forme qu’elle prenne d’ailleurs (il faut bien mourir de quelque chose…), mais la validation des efforts spirituels qui auront été consentis par l’alchimiste aux dépens de tout autre forme d’investissement matériel ou temporel. Cela ne signifie pas que l’alchimiste ne doit rien posséder en ce bas monde, ni maison ni bien ni famille, mais que ces choses utiles à son équilibre existentiel devront être rendues un jour ou l’autre. C’est pourquoi l’objectif de l’alchimiste est d’obtenir quelque chose de durable, et cette chose il la trouve dans sa conscience. Or, pour atteindre ce but, l’initiation nous oblige à mourir à nous-mêmes. Ce qui signifie très concrètement, arrêter de s’identifier à ce qui est périssable, qu’il s’agisse de possession, de sentiments ou d’idées. En ce sens, la mort libère l’individu de ses illusions et lui permet d’accéder à un entendement supérieur et réellement bienveillant.

Mourir pimente la vie

Enfin, avoir la mort en tête constamment n’est pas une censure de la vie. Au contraire, la mort donne du relief et du goût à l’existence. Tous les mourants vous le diront, à l’approche de la mort, c’est l’essentiel qui vous reste en tête. Ce qu’il y a de plus précieux est de vivre l’instant présent, car c’est une porte secrète qui permet à chacun de transcender la peur, la colère et le doute.

Même si la mort possède dans l’esprit de beaucoup des contours sombres et tragiques, elle revêt aussi des formes incroyablement lumineuses, ce qui se vérifie dans la réalité du laboratoire alchimique. Lorsque l’opérateur a le courage d’aller plus loin que les apparences et de ne pas céder à la panique que suscitent certaines situations, alors il découvre d’autres rives ensoleillées dans un monde dont il n’aurait même pas soupçonné l’existence.

consultation

Et qu'on se le dise par Toutatis !