Les 5 pièges de l’ego

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Dans les milieux initiatiques, on parle beaucoup de l’ego. On évoque la possibilité de le dissoudre, de le vaincre et parfois même de le tuer. Il est donc considéré comme le grand empêcheur spirituel, la partie psychique à vaincre à tout prix pour accéder à un mode de conscience relié. Les méthodes proposées pour ce faire varient d’un enseignement à l’autre. Voici une façon simple pour débusquer votre ego là où vous ne le soupçonnez peut-être pas…


Bref rappel

L’ego est la perception immédiate de nous-mêmes. A partir du moment où l’enfant prend conscience qu’il est une personne à part entière, il parle de lui à la troisième personne : « Pierre, il a faim ! » . C’est seulement lorsque l’enfant s’approprie son être qu’il parle de lui à la première personne : « J’ai  faim »

Le problème du Je est qu’il sépare. Il sépare l’enfant du reste du monde. Plus nous disons je et plus les autres et l’univers nous semblent hostiles et distants. C’est la racine de tous les problèmes humains.

Une belle impasse

L’initié est conscient du fait que son ego a pris toute la place à l’intérieur. Un peu comme un petit dictateur qui voudrait tout diriger. C’est l’ego. Un ego qui est centré sur lui-même et qui passe sa vie à travailler pour lui-même. Pour l’ego, les autres et le monde sont des instruments à son service. Il ne fait ni ne dit rien qui ne soit scrupuleusement orienté vers son propre intérêt.

Or, l’initiation spirituelle implique un état d’être totalement inverse, puisqu’il est question de trouver le trait d’union qui relie l’homme à l’univers et le rend équitable envers ses semblables et la Nature.

Avec un peu d’habitude et beaucoup de lucidité, l’initié se guette lui-même. Il n’entretient aucune complaisance envers le fonctionnement de son ego. C’est d’ailleurs la base de toute connaissance de soi. Lorsqu’il détecte le moindre signe d’expression égotique, il intervient et reformule sa pensée.

Voyons comment.

Premier piège : L’auto-suffisance

C’est un piège courant. On le rencontre beaucoup dans les milieux spirituels remplis de gens qui se prennent très au sérieux. Le fait de s’imaginer que l’on connait des choses que les autres ignorent, rend hautain et obséquieux. Ces egos-là s’indignent constamment du comportement des autres et passent leur temps à critiquer et salir la réputation de ceux qui les gênent ou vivent différemment d’eux. Leur discours est toujours très pompeux et ils ont des arguments hautement qualifiés pour prouver leur immense expertise. Le problème est leur faiblesse, car dès que vous leur faites la moindre réflexion, ils font tomber sur vous les foudres de Zeus par des diatribes inter-minables en totale relation avec l’ignorance qui les anime, et qu’ils sont incapables d’accepter.

Pensées-clés : « Non mais regarde-moi celui-là ! » ;  « C’est inadmissible ! » ;  « N’importe quoi ! » ; « Pour qui se prend-elle? » ;  « Elle n’a vraiment rien compris ! » ;  « Comment peut-on?! » ;  « Je vais leur prouver que… »  

Deuxième piège : L’auto-apitoiement

Spécialité française, c’est le comportement des râleurs et rabat-joie en tous genres. Du fait que l’ego sait qu’il n’est pas à sa place, il est craintif. Et tout ce qui vient le déstabiliser dans ses acquis le rend nerveux et passablement inquiet. Le pessimisme est la réaction la plus flagrante de ce type de structure. On pleure sur soi. On croit qu’on est maudit et on emmerde les gens avec nos problèmes sans jamais penser qu’ils en ont peut-être de bien plus graves que nous. A la moindre difficulté, le monde s’écroule. Le problème de cet ego qui s’apitoie est qu’il cache une personnalité en totale insécurité ayant vécu des blessures infantiles non reconnues, qui ont sapé sa confiance dans la vie.

Pensées-clés : « Ça m’aurait étonné! »; « De toute manière, n’importe comment… » ; « Ça n’arrive qu’à moi! » ; « C’est à cause de… » : « Pourquoi tant de haine? » 

Troisième piège : L’auto-contemplation

C’est celui qui se croit arrivé quelque part. Fasciné par lui-même et l’importance qu’il s’accorde, il se croit obligé de se créer une cour d’admirateurs qui devront le contempler autant qu’il se contemple lui-même. C’est l’élu des Dieux. C’est le type même du mauvais maître spirituel ou dirigeant d’organisations initiatiques au rabais, voulant faire croire à ceux qui le veulent bien la suprématie de ses connaissances et de son niveau d’élévation spirituelle. Cet ego au profil narcissique est aussi un puissant séducteur et manipulateur qui tente par le biais du secret entretenu de vous maintenir sous son emprise le plus longtemps possible.

Pensées-clés : « Vous n’en êtes pas digne ! » ; « Pauvres ignorants » ; « Pourquoi suis-je le seul à savoir ça? » ; « Ne savez-vous pas que…? » ; « En vertu de… » ;  « Suprêmissime Grand Maître Souverain de… » ;  « Charles-Henri Machin-chose DE LA …. »  

Quatrième clé : L’auto-satisfaction

C’est l’habitude qu’a l’ego d’atteindre à la réalisation de tous ses désirs. La pulsion est ici mise  au premier rang. Elle génère un puissant besoin de posséder et de jouir, quel qu’en soit le prix. Dans la vie spirituelle, ce type d’ego va chercher à accumuler les expériences gratifiantes, accumuler les initiations, accumuler les documents. Cette boulimie cache une agitation visant à éviter une confrontation douloureuse à soi-même. Cet ego va paniquer dès qu’il y a un peu de silence et d’immobilité.

Pensées-clés : « C’est très urgent! » : « Un peu simple comme rituel… » ; « Comment aller plus loin dans…? » : « Il me faut ce document! » ; « Je dois avoir ce grade » 

Cinquième clé : L’auto-assurance

Ici, tout est fait pour éviter la peur et les risques associés à l’engagement spirituel. On va chercher à se rassurer tant au niveau de la vision que l’on a de soi-même qu’au niveau des connaissances que l’on choisit d’avoir. C’est un type d’ego qui passe son temps à se justifier pour éviter une critique qui le bousculerait au point de devoir se remettre en question à un moment donné. Cet ego va opter pour des théories spirituelles rassurantes. S’il sent qu’un enseignement ou qu’un instructeur risque de le déstabiliser, il s’inventera de nombreuses excuses pour ne pas l’approcher ou s’en éloigner. Il sera constamment dans le déni.

Pensées-clé : « Tu crois que? » ; « Comment ça se passe? » ;  » Ça ne peut pas être vrai ! » ; « Ce n’est pas possible! » ; « Ah non! » ; « Ça se saurait si… » « D’où tient-il cela? »

Tous concernés…

Vous l’aurez deviné (en tout cas je l’espère), nous sommes tous plus ou moins concernés par ces mécanismes égotiques, qui nuisent et bloquent la progression spirituelle. Une vie initiatique réussie consiste donc à savoir détecter ce genre de schémas dans notre conscience, avec courage et discernement.

Cependant, il ne s’agit pas d’un exercice moral ni culpabilisant. Lorsque nous nous surprenons dans l’un ou l’autre de ces penchants, la bonne attitude est d’en rire, un rire de soi, un peu comme on démasquerait un petit clown qui vient de nous faire une farce.  » Ah, ha, je t’ai vu ! «  dit le sage.  » Te revoilà toi ! «  rajoute-t-il plus tard avec un soupçon d’ironie.

Certains groupements initiatiques préconisent une attitude extrêmement rigide et brutale envers l’ego. On parle de briser l’ego ou encore de s’en débarrasser, ce qui au final ne fait qu’agrandir selon moi l’ignorance, et impose une fissure psychique qui nous éloignent de l’unité intérieure.

Au contraire, je pense que notre ego a besoin d’être éduqué, tendrement et patiemment, comme un enfant dont on a la charge, ce qui est possible lorsqu’on lui assigne une tâche valorisante dans le processus spirituel. Dans le christianisme ésotérique, cette vision peu connue est incarnée par Saint-Joseph, humble parmi les humbles, mais dont la fonction importante fut de prendre soin du Christ, considéré ici comme l’embryon d’immortalité en devenir.

Au lieu de malmener notre ego et de le contraindre par la force, convertissons-le à la transcendance et montrons-lui le chemin du service désintéressé, ce qui se produit lorsque l’initié se dévoue à une quête qui le dépasse, mais qui implique sa dignité et l’élève à la sainteté. Les Templiers usèrent de cette ressource par la devise « Non nobis Domine » (Pas pour nous Seigneur)

Et la seconde mort?

En effet, l’ego sait pertinemment qu’il va disparaitre en tant qu’identité temporelle durant le processus de la seconde mort. Mais s’il a accepté de participer au travail spirituel, ce n’est pas l’extinction qui l’attend, mais la résurrection dans la lumière. Pour avoir porté l’Enfant Jésus et l’avoir protégé des persécutions égyptiennes, Joseph sera récompensé à son tour lorsque le Christ, devenu autonome, lui ouvrira les portes du Paradis.

Mais ceci est une autre histoire…

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Et qu'on se le dise par Toutatis !