Le berger alchimiste et la souris verte

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« Une souris verte, qui courait dans l’herbeuuu… » ; nous connaissons tous cette ritournelle enfantine qui a fait le tour du monde. L’alchimiste Patrick Burensteinas nous en a récemment proposé une brillante et intéressante lecture alchimique. Mais il en existe une autre, moins connue, remontant à une antique tradition solaire en rapport avec la pierre philosophale angélique, et appartenant à la tradition hermétique des bergers….

Un peu d’histoire

Bien que ce petit animal fasse souvent sourire (les enfants) ou hurler (les dames), la souris avait une grande importance chez les Grecs. Selon Georgie Carrol, dans son livre Mouse paru en 2015, « la souris était consacrée en Grèce principalement à Apollon, dieu de la sagesse, de la prophétie, de la mort, de la guérison, de la fertilité et de la lumière du soleil. Dans l’Iliade, il est référé en tant qu’Apollon Smintheus, « Seigneur des Souris ou la Souris Apollon ». Ce titre lui avait été donné, selon les versions, pour avoir éradiqué la peste des souris — ou pour les avoir punies — ayant dévasté Chryse. Le nom d’Apollon Smintheus est dérivé de Sminthus, signifiant souris, mais il est aussi relié à smin, ou simon, «semence », « l’âme de feu », « la graine »…

Pourquoi la souris de la chansonnette est-elle verte?

En alchimie interne, lorsque le rayon solaire, considéré comme le Soufre ou la semence ignée, frappe la glande pinéale (laquelle devient Mercure), il se produit un écho rétinien appelé aussi phosphène. Lorsque cet exercice d’optique sacrée est régulièrement effectué selon certains procédés secrets, la première couleur qui se présente en interface entre le monde réel et celui du photisme est le vert.

Ainsi, la souris verte n’est autre que le fameux rayon vert immortalisé par Jules Vernes dans un roman à l’eau de rose (et pour cause) du même nom.

Le vert, couleur de la vie, la vie d’origine solaire, cette lumière que savent si bien matérialiser les végétaux par la photosynthèse, est aussi le verre, car il se laisse traverser par la lumière et accepte toutes formes de teintures…

Un jeu d’enfant…

Les traditions populaires ont toujours été les gardiennes de la tradition hermétique. Selon le dictionnaire des jeux de l’enfance et de la jeunesse dans tous les peuples de J.F A.D (1807), on apprend que faire courir la Souris, est un jeu de petits enfants, qui réfléchissent avec un miroir les rayons du soleil, et les font passer rapidement sur un mur et sur le visage, et toute la personne d’un de leurs camarades, qui en est effrayé…

La notion de jeu d’enfants auquel a été souvent associée la pratique alchimique ravira certainement les passionnés d’hermétisme qui trouveront, là encore, matière à réfléchir (les rayons solaires, bien sûr !) 😉

Ainsi comprendra-t-on encore pourquoi le chat, si friand de souris, fut lui aussi hissé au rang des animaux sacrés en cette vieille Égypte à l’enveloppe solaire considérable…

La voie du berger ou la voie solaire

Dans son livre L’ombre des cathédrales, Robert Ambelin avait lui aussi effleuré notre auguste sujet en proposant une analyse pertinente des relations existantes entre Apollon et la confrérie des bergers. « Ne s’agit-il pas, écrivait-il, de l’étoile dite « étoile du Berger » qu’on appelle le soir Vesper et Lucifer le matin, noms divers de Vénus, « l’étoile la plus près de la Lune », celle qui rayonne, flamboyante, sur le croissant lunaire? Et cet emblème oriental est toujours figuré sur les étendards verts, alors que le seau de Salomon est le même croissant lunaire figure sur des étendards rouges ! Rouge et vert sont deux complémentaires… Et nous connaissons le symbolisme du pentagramme et celui de l’hexagramme…
Et de quel Berger s’agit-il ? Ne serait-ce pas du Berger Céleste, de cet Apollon, exilé lui aussi, et qui apprit aux hommes, nous dit la Mythologie, les arts et les sciences (autre avatar d’Hermes), et devint ainsi, par ses oracles, la conduite du Soleil, son rôle d’initiateur des hommes, un des aspects du Démiurge, du Grand-Architecte? N’a-t-il pas un rapport astrologique, ce berger solaire, avec le Bélier céleste? Exilé, d’ordre de Zeus, ne reprend-il pas un jour sa place au Ciel, ainsi que les gnostiques l’enseignent de l’archange tombé? »

Ce qui est en haut…

Fidèle en cela à l’antique paradigme du Rebis alchimique, ou double reflet d’une même réalité, imagé par ailleurs par les deux chevaliers du Temple sur la même monture, le berger d’ici-bas possède aussi sa complémentarité céleste. En témoigne l’Encyclopédie moderne ou dictionnaire des hommes et des choses (tome3) : « la vie pastorale dans les temps héroïques, était celle des fils de rois ; les rois eux-mêmes sont appelés « pasteurs des peuples ». Les dieux descendirent à la simple condition de berger, et des bergers furent déifiés. Théocrite, dans ses idylles, semblerait reconnaitre quatre espèces de bergers, différents entre eux par les moeurs, par les sentiments, ou par les discours qui expriment les moeurs et les sentiments. La première et la plus noble est celle des pâtres de boeufs ; c’étaient des hommes distingués qui tenaient le premier rang dans les villes ou dans les campagnes qu’ils habitaient. La seconde, que le poète confond souvent avec la première, est celle de pasteurs de brebis. Ces deux espèces de bergers étaient musiciens. Le loisir dont ils jouissaient leur inspira, en effet, du goût pour la musique, la poésie et le chant, et pour la contemplation du ciel ; de là naquit la chanson cadencée, et la connaissance des astres. Ils voyaient la marche des étoiles et chantaient sans cesse. Nous serions donc redevables aux bergers de l’invention des airs champêtres, du bel usage du chant, et de la poésie pastorale ? ce fut dans les plaines de Thessalie que le dieu du jour, réduit à la simple condition de berger, conduisait son troupeau aux accords de sa lyre. « C’est à moi, dit Apollon, que les mortels doivent le bel art d’accorder les chants d’avec les instruments (Ovid., lib. 1, v. 518)(…) Comme on vient de le voir, les anciens ont fait de leurs bergers des dieux ou des rois… »

Un résurgence inespérée

C’est donc en notre époque opaque et sourde que ressurgit du passé l’antique tradition alchimique des bergers, au travers d’une formation en dehors du temps et de l’espace, que le CFIO s’est vu mandé de publier pour toutes les âmes vivant en ce monde.

Les rares élus qui sauront comprendre le message bucolique de nos très anciens aînés des plaines auront donc accès à l’ultime connaissance hermétique, la Voie des voies, qui façonna tous les procédés de laboratoires, tant internes qu’externes, et par laquelle la grande pierre des philosophes peut être acquise ; non de celles qui transmutent les métaux, mais l’angélique, qui est le véritable sésame pour emprunter le chemin des immortels et des dieux.

Si vous voulez savoir comment tout a commencé, c’est ici…

PS : un grand merci à Yannick pour m’avoir fourni les références et la matière de cet article.

Et qu'on se le dise par Toutatis !