Pierre philosophale et prédestination - cfio.fr

Etes-vous bien né(e) pour être alchimiste ?

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Dans un autre article, j’ai mentionné la nécessité de recevoir l’accord du Ciel pour réaliser la pierre philosophale. J’ai également précisé qu’une forme de prédestination était indispensable dans la réussite du Grand-Oeuvre. Ces deux notions n’en sont qu’une en réalité, mais elles posent évidemment le problème du libre arbitre et du choix dans le déroulement des opérations. Comment savoir si nous avons reçu le don de Dieu et si nous sommes vraiment faits pour ce travail ? À quoi bon l’entreprendre si notre nom n’est pas inscrit sur le grand formulaire céleste ?

Qu’est-ce que la prédestination ?

« Être prédestiné » ne signifie pas « être destiné ». Rien n’est certain. Dans la langue des oiseaux, le préfixe « pré » signifie plutôt que vous êtes « prêt(e) » ou « près » de votre objectif. De la même façon qu’un navire peut voir une terre d’accostage au loin sans jamais s’y rendre, votre destinée vous rend apte à observer ou à pressentir le but spirituel de votre incarnation. Rien de plus.

Être prédestiné(e), c’est avoir reçu à la naissance une sorte de « fibre » favorable dans un domaine ou un autre. Les origines de cette inclination ou de ce don — au sens d’être « doué pour » — sont très nombreuses. Certaines sont familiales, d’autres relèvent du groupe humain dans sa totalité qui sait créer les individus utiles à son évolution globale.

« Un don sans technique n’est qu’une sale manie »

Georges Brassens disait qu’un « don sans technique n’est qu’une sale manie ». Le bon maître chansonnier avait bien compris la nécessité d’un travail personnel important dans la mise en œuvre et l’éclosion d’un talent.

Avoir le don, ou être prédestiné dans une tache précise n’est nullement une garantie de réussite ou de brio. Pour rester dans le domaine de la musique que je connais bien, il est clair qu’un grand nombre d’artistes n’ont jamais réalisé leur potentiel réel, soit qu’ils n’en ont pas pris conscience, soit à cause de blessures personnelles, soit par flemme le plus souvent…

Qu’est-ce que le libre arbitre ?

C’est pourquoi le libre arbitre n’est que la prise en charge de soi-même. C’est prendre la responsabilité de son évolution spirituelle, sachant que celle-ci dépend pour une part des grandes lois universelles que l’on ne peut transgresser impunément, et d’autre part de la bonne volonté que l’on va mettre à étudier, tester et explorer, tout ce qui relève de notre pouvoir.

Faire la pierre philosophale implique donc ces deux axes qui doivent finalement se rejoindre en un seul, qui est l’Axe, ou le fait d’être aligné à notre destin.

La prédestination n’est-elle pas une injustice ?

Pourquoi tout le monde n’aurait-il pas le droit de faire le Grand-Oeuvre ? Parce que l’obtention de la pierre philosophale n’est pas un fait individualiste. L’alchimiste qui réussit n’est qu’un morceau de l’humanité recevant une aptitude spéciale, laquelle devra être réinjectée dans l’ensemble du groupe humain en vue de lui faire bénéficier d’apports évolutifs particuliers.

Faire la Pierre n’est donc pas vraiment une partie de plaisir et encore moins une faveur. L’homme qui est désigné pour faire ce travail sera l’objet lui aussi de cette fonte des métaux si exigeante et douloureuse dont beaucoup se vantent sans avoir vraiment compris ce que cela implique concrètement.

De plus, il faut préciser que réussir la Pierre n’est pas une obligation. On ne perd pas sont temps à y travailler, quelquefois même jusqu’à la fin de sa vie. Car le chemin qui mène vers la Pierre est bien plus important que la Pierre elle-même.

Le pouvoir transformateur du cheminement hermétique vaut bien qu’on l’arpente avec joie et détachement. Tous les vrais enfants de l’Art seront d’accord pour reconnaître les fabuleux bénéfices de la recherche alchimique dans les domaines les plus essentiels de la vie. Même si, au passage, on y perd souvent quelques plumes ; les moches en particulier, qui représentent la plupart du temps nos illusions et nos fantasmes en tous genres, ce qui ne constitue finalement pas une grande perte…

Un peu d’arrosage et beaucoup de patience

L’être prédestiné en alchimie est quelqu’un qui est « câblé » pour percevoir le sens des symboles hermétiques et leur donner une suite pragmatique. Il est comme une petite graine qui a été plantée dans la terre et qui a besoin des bons soins du jardinier pour croître et éclore enfin au soleil.

À la différence que l’alchimiste est à la fois la terre, la graine et le jardinier. S’il n’endosse pas la responsabilité de ces trois états, la graine ne sortira jamais de terre. C’est cela le libre arbitre. La terre est bonne, la graine est saine, mais le jardiner doit prendre la décision de travailler, ou mieux encore de « labourer » au sens hermétique du terme.

Pour terminer, je ne peux que vous renvoyer, chers lecteurs et élèves, vers la parabole des talents que nous offre l’Évangile au chapitre 25, 14-30 de Matthieu.

Il y a là-dedans de quoi méditer avant de passer au travail…

 

Et qu'on se le dise par Toutatis !