Approaching the unknown - cfio.fr

Approcher l’inconnu – l’ésotérisme au cinéma 3

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Dans la série des films initiatiques, je vous propose cette semaine l’analyse alchimique du premier long métrage du réalisateur Mark Elijah Rosenberg. Sorti en 2017, Approaching the unknown raconte le voyage solitaire d’un astronaute américain vers la planète Mars. Comme son titre le suggère, ce huis clos qui ne passionnera pas les amateurs de science-fiction musclée, nous dépeint le parcours intérieur d’un homme en quête du sens de sa vie. Sauf qu’au passage, il va trouver l’indicible vérité spirituelle de façon – disons – impromptue… Moteur !

D’abord, quelques repères…

Le début du film est très laconique. La Terre étant en proie à toutes les catastrophes (on commence à avoir l’habitude), une mission spatiale est donc organisée en direction de Mars pour y installer progressivement une colonie humaine. Le commandant Stanaforth est désigné pour faire ce voyage en solitaire qui doit durer 270 jours. Dès les premières minutes du film, il décolle dans sa fusée et quitte l’atmosphère terrestre pour la planète au sable rouge, laquelle rappellera à tout hermétiste averti le limon ferrique et argileux qui forma, dans la Génèse biblique, le Glébeux ou premier Adam.

D’ailleurs, Stanaforth semble être une combinaison anglo-slave (Rosenberg est un nom ashkénaze) entre Sta, (abréviation anglaise de station) ou Stana (signifiant appartement en bosniaque), et forth qui veut dire tout simplement avant. Stanaforth est donc le lieu de vie antérieure, c’est-à-dire l’Eden dans le mysticisme judaïque.

Le voyage spatial du commandant Stanaforth prend donc à première vue l’allure d’un itinéraire initiatique conduisant tout droit à la source, ce qui sera magistralement confirmé à la fin du film.

Ensuite, une invention

Toute l’intrigue du film repose sur un appareil inventé par le héros et qui permet de transmuter de la terre en eau au moyen d’une combinaison moléculaire de type assemblage/désassemblage ressemblant à s’y méprendre à l’adage alchimique bien connu solve et coagula. En effet, le générateur du commandant Stanaforth devra lui permettre d’alimenter la planète Mars en eau potable, une expérience que l’astronaute a déjà tentée antérieurement avec succès dans le désert d’Atacama.

Le générateur occupe une place centrale durant tout le film, car Stanaforth devra le réparer à plusieurs reprises. L’appareil est intéressant, car il se présente sous la forme d’une série de tubulures à agencement vertical, que j’ai immédiatement associée aux excroissances épineuses de la colonne vertébrale. L’ensemble fonctionne d’ailleurs comme un corps humain, alimenté d’une part, et rejetant d’autre part la précieuse liqueur indispensable à la vie. Quoique l’on puisse y voir aussi une espèce de four alchimique futuriste puisqu’il s’y produit le mariage du soufre et du mercure physico-chimiques représentés ici par l’hydrogène et l’oxygène.

C’est par et à travers les péripéties techniques de son générateur que le héros va rencontrer ses propres limites et trouver la réponse qui le hante depuis toujours: quel est le sens de sa vie et pourquoi s’est-il engagé dans une mission suicide? Il va le savoir à la fin, mais devra passer par des moments difficiles.

Un laboratoire géant

À bien y regarder, la capsule dans laquelle est enfermé l’astronaute est en fait un énorme athanor alchimique dans lequel le héros va vivre, aux confins du système solaire, toutes les péripéties du travail intérieur, ses épreuves inévitables et sa fin heureuse.

Tout comme la materia prima de l’oeuvre des alchimistes, il est enfermé dans le ballon cosmique, une situation qui l’obligera, étape après étape, à se dessaisir de tout contrôle, de toute certitude, de tout ego…

Tous les règnes de la Nature sont représentés dans cette aventure, car le commandant Stanaforth qui prend un soin considérable à entretenir ses plantes, prend aussi conscience du lien qui unit toute chose. Il l’exprime d’ailleurs à haute voix alors qu’il remplit son journal de bord comme tout alchimiste le fait après avoir oeuvré au laboratoire.

Les deux gardiens du seuil

Comme il fallait s’y attendre, l’astronaute va rencontrer les deux gardiens du seuil, incarnés dans le film par les techniciens qui s’occupent de la station de ravitaillement, et qui sont aussi les dernières personnes que Stanaforth verra avant longtemps, puisque son voyage est un aller simple.

Cette scène angoissante montre comment l’humain réagit en général aux longs séjours dans l’espace. Les deux techniciens présentent en effet des troubles du comportement qui interpellent et inquiètent fortement notre commandant. Manifestement dépressifs, ils tentent donc de dissuader celui-ci de continuer son périple vers Mars, considérant que c’est un voyage contre nature.

C’est exactement ce qui se produit durant un parcours initiatique. La loi générale fera tout son possible pour décourager l’impétrant. Le monde ne comprend pas les motivations du chercheur d’absolu, et pire encore, il est carrément hostile envers ceux qui veulent transgresser les lois de l’évolution commune.

Ce qui engendre une solitude fondamentale qui est l’un des bastions de cette oeuvre cinématographique.

Une expérience intérieure

De fait, tout au long du film, l’on peut suivre les états d’âme de l’homme en quête de lui-même, et qui sont tout à fait conformes aux phases que décrit la voie hermétique.

Stanaforth raconte en effet la première révélation spirituelle qu’il reçoit dans le monde profane, alors qu’il se trouve dans une soirée mondaine qu’il ne parvient plus à supporter. C’est la pierre alchimique au blanc, encore appelée initiation lunaire, que le commandant cite expressément alors qu’il répond à distance à des étudiants lui posant des questions.

Après l’étape lunaire vient la pierre solaire, qui se déroule cette fois dans l’habitacle du vaisseau alors que le héros est en train de dormir et qu’il se produit dehors une éruption solaire tout à fait remarquable. Les photons entrent alors dans la capsule comme dans certaines voies de laboratoire que j’ai largement décrites dans mes formations d’alchimie pratique.

Il avait tout prévu, enfin presque…

William Stanaforth est un homme brillant. Il a conçu le générateur à eau et participé à la construction du vaisseau spatiale qui le conduit sur Mars. Jusqu’à la moitié du film, nous avons affaire à un homme doté d’un ego fort et solide, sûr de lui et de ses compétences.

Mais le cosmos lui réserve une surprise inattendue lorsque son générateur tombe irrémédiablement en panne et que par une manoeuvre maladroite, il contamine son eau potable, mettant ainsi en péril sa vie tout autant que la mission.

La descente aux enfers commence. La traversée du désert aussi. Progressivement, l’astronaute se trouve en proie au danger tout autant qu’au doute. Ne pouvant plus se reposer sur l’appareillage technique du vaisseau, il est renvoyé à un stade de vie primaire qui l’oblige au dénuement le plus austère. Le grand commandant hautement qualifié, diplômé, et vénéré par des millions de gens sur Terre, va devenir en quelques jours un SDF de l’espace. C’est l’étape de la faillite morale qui guette tout aspirant à la réalisation spirituelle.

Son ego va prendre une sacrée claque, car il sera contraint d’avouer à la base aérospatiale de Houston son échec total. Dès l’annonce de la nouvelle, on lui ordonne de revenir en arrière. C’est l’épreuve suprême qui va occuper ses pensées durant les prochains jours.

L’illumination finale

Finalement, tiraillé par le doute et la peur de mourir pour rien, il décide contre toute attente de continuer le voyage, quitte à y laisser sa vie, quitte à endosser la honte.

Et c’est là que se produit le miracle. C’est à cet instant précis que l’Univers – Dieu – répond à l’appel de l’âme en quête de sens. Car alors que tout est perdu et que Stanaforth est réduit au silence et à l’impuissance, le nuage d’inconnaissance apparait sous la forme d’une tempête magnétique vers laquelle se dirige tout droit la capsule spatiale.

Touché de plein fouet par la formidable force quantique du nuage magnétique, Stanaforth fait l’expérience de l’absolu et comprend dès lors le sens de son voyage vers les étoiles.

La vie éternelle…

La fin est sublime. Dans un univers parallèle qui lui rend ce qu’il avait perdu, le commandant Stanaforth atterrit finalement sur Mars et dit quelque chose que je vous laisse découvrir pour ne pas vous gâcher le plaisir…

Vous avez maintenant la grille de lecture de ce film merveilleux sur lequel j’aurais encore tant d’autres choses à dire, et dont je ne sais s’il a été consciemment pensé ou simplement inspiré d’en haut, mais peu importe…

Régalez-vous !

 

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Et qu'on se le dise par Toutatis !