Rebis ou le secret de l'alchimiste - cfio.fr

Rébis de Séverin Lobanov, un peu d’air frais dans la littérature alchimique moderne

Parue il y a peu, la trilogie alchimique de Séverin Lobanov ne va certainement pas passer inaperçue dans le décor littéraire de l’alchimie française. Voilà pour le moins une oeuvre que je considère remarquable tant au niveau de la forme que du fond. Très loin des sempiternelles énigmes à trois sous dont nous ont habitués certains auteurs récents, Rébis ou le secret de l’alchimie nous offre, en trois volets, un enseignement authentique et vécu que je vais tâcher de résumer au mieux dans cet article.

D’abord, une écriture

Franchement, il y a bien longtemps que je n’avais lu un aussi bon livre, s’entend aussi bien écrit. De la vraie littérature, mes frères ! Un tantinet fulcanelienne sur les bords – pour ceux qui s’y entendent -, ce qui est évidemment un compliment.

Le style de l’auteur est sûr, fluide, subtil, un brin poétique, et surtout, il sait traduire l’indicible expérience intérieure avec une maturité rare et une extrême précision ontologique.

Je sais, pour écrire moi aussi, combien est il est parfois difficile de transmettre par les mots ce qui relève de l’inexprimable. Combien la narration écrite d’une expérience transcendantale, donc multidimensionnelle, en appauvrit le sens et l’intention. Lobanov relève néanmoins ce défi avec brio et transmet, avec une grande simplicité finalement, l’intégralité d’un corpus hermétique dont il est le témoin vivant et, semble-t-il, le gardien.

Ensuite une histoire authentique

Au-delà de l’enseignement alchimique prodigué, l’oeuvre de Lobanov est aussi un récit autobiographique. Sans se cacher du tout derrière quelque grade fumeux ou encore une fausse personnalité, l’auteur, presque à nu, nous relate son parcours initiatique et ses expériences personnelles avec grande clarté et pédagogie.

Le sujet de la quête est déjà suffisamment grave pour qu’on ait à en rajouter avec des vermoulures d’ego qui trahissent toujours les mauvais maitres. Au contraire, Lobanov raconte sans vergogne ses propres difficultés de parcours. Il ne cache pas son humanité de base, et c’est ce qui m’a le plus touché, je crois, tout au long de la lecture.

Qu’on en juge à travers cet extrait où il commémore la mémoire de son chat défunt, tout en transmettant au passage un arcane primordial  :

«  Cela peut faire sourire, dans un traité de Haute Science, de mentionner pareille anecdote, mais nous n’inventons rien, quitte à casser un instant les images, à briser les codes : telle est la vie, réelle, modeste, magnifique. »

Trois tomes fondamentaux

L’enseignement alchimique de Séverin Lobanov a été découpé en trois volumes, consacrés chacun à un aspect majeur de la quête philosophale.

Fidèle à la tradition la plus haute et vraie, le tome 1 est dédié à l’oratoire, le tome 2 au laboratoire, et le tome 3 à l’alchimie interne.

La progression thématique est très bien ficelée. L’auteur nous conduit doucement vers de plus en plus de profondeur. L’oeuvre entière représente donc un véritable manuel de travail dans lequel théorie et pratique valsent ensemble dans un continuel débat où le lecteur va de dénouement en dénouement.

Certains commentateurs sur Amazon n’ont pas apprécié l’environnement philosophique et kabbalistique du premier tome ; ce qui traduit, selon moi, un manque de profondeur et surtout une désapprobation immature face aux allégations successives de Lobanov en faveur de l’oratoire. L’oratoire qui pourtant, comme je l’ai également et très souvent souligné dans mes propres publications, est la véritable clé du Grand-Oeuvre.

Les philosophes de la Nature

D’entrée de jeu, Séverin Lobanov ne dissimule pas non plus la source principale de ses connaissances. Il cite Jean Dubuis à plusieurs reprises avec le respect qui s’impose, sauf qu’on aurait tort de croire que la trilogie Rebis n’est qu’un simple remake des publications LPN. Beaucoup, jugeant hâtivement, le penseront peut-être, mais à tort. Car Lobanov va plus loin, oui, beaucoup plus loin.

Disons, pour ceux qui connaissent déjà les fascicules des Philosophes de la nature, qu’ils trouveront dans Rébis le canevas indispensable autorisant une pratique ordonnée (quoique très ciblée) des arcanes en question. Ce qui semble avoir toujours plus ou moins manqué à l’imposant corpus transmis pas Jean Dubuis, sans que cela soit du tout une critique négative de ma part.

En sommes, Lobanov me parait être un de ces cherchants (c’est ainsi qu’il se qualifie lui-même) ayant su intégrer harmonieusement et positivement dans sa vie ce qu’il a reçu par l’intermédiaire des LPN. Un exemple à suivre, en somme…

ORA

Rebis ou le secret de l'alchimiste - cfio.frLe premier tome de Rébis, est donc, je l’ai dit, consacré à l’oratoire. Séverin Lobanov n’y va pas avec le dos de la cuiller. Formel et explicite, il annonce la couleur – si j’ose dire – et déclare la guerre à tout ce qui s’éloigne de la pure tradition hermétique à ce sujet.

Il le fait néanmoins avec douceur et pertinence, sans jamais critiquer quiconque, ce qui caractérise les grandes âmes en général, n’ayant nul besoin de salir autrui pour exister…

Rejoignant en cela ce que j’affirme depuis le début du CFIO, l’oratoire est l’entrée du Palais fermé du Roi, la seule et unique clé qui autorise une véritable pratique de l’alchimie, sans laquelle la démarche hermétique est vaine et surtout mal située.

Il existe pour cela de très nombreux outils. Lobanov nous initie à certains d’entre eux, la visualisation des polyèdres par exemple, et ce sur une base franchement kabbalistique (aboulafienne notamment), ce qui ravira les théurges et autres adeptes des voies magiques cérémonielles, trouvant là, à tort ou à raison, une solution de remplacement à notre bon vieux christianisme ésotérique et gnostique.

Certaines descriptions de ce travail m’ont en effet totalement enchanté puisqu’elles valident clairement les propositions de pratiques personnalisées que j’ai diffusées dans ma formation de théurgie. Là aussi, Lobanov brise les anciennes formes et invite à une créativité totale dans le cheminement qui conduit à la source.

Une petite remarque cependant ; j’ai déploré l’absence de références directes à la prière, quelle qu’en soit la nature, dont le vocable est pourtant la traduction exacte du mot ora. Sans entrer dans des considérations religieuses, il aurait été, à mon sens, intéressant de développer dans cette direction. Quoique, d’une certaine manière, il est vrai que toute théurgie, qu’elle soit kabbalistique ou non, est peu ou prou une forme comme une autre de prière…

et LABORA

Rebis ou le secret de l'alchimiste - cfio.frDans le deuxième tome, Séverin Lobanov, nous ouvre la porte de son laboratoire. Et il nous l’ouvre toute grande puisque rien ne parait avoir été sciemment caché sous les monticules habituels du symbolisme au rabais dont nous affublent, en général, les livres contemporains d’alchimie.

Conformément à la tradition locale des Philosophes de la nature, la principale voie de laboratoire suivie par notre auteur fut celle dite des amalgames. Pour ceux qui l’ignorent, cette voie de laboratoire métallique, tantôt sèche, tantôt humide, se réalise à base de régule d’antimoine martial étoilé que l’on conjoint à du mercure coulant, lequel a été philosophiquement animé par des sels d’argent.

Le procédé est complexe et dangereux puisqu’il est question, lors d’une préparation intermédiaire, de distiller du mercure commun, ce qui n’est pas une mince affaire. Comme son nom l’indique, un amalgame est ensuite réalisé et placé dans un petit ballon de verre à feu doux. Après la coction philosophale, une arborescence métallique apparait et donne théoriquement naissance à des fruits rubiconds, qui font office de pierre philosophale.

Moult détails et descriptions de la voie des amalgames ornent donc ce second tome. Mais Lobanov est lucide. Comme il l’avait déjà fait dans le tome 1, le lecteur ne sera pas kidnappé dans les méandres du folklore entourant la transmutation et l’immortalité. Il lui sera clairement stipulé que la pratique du laboratoire n’est, dans ce contexte en tout cas, qu’une forme comme une autre de théurgie.

Néanmoins, l’intérêt principal de ce second volume réside dans le récit expérientiel grâce auquel on découvrira des facettes opératoires et des tours de main qu’il serait difficile de dénicher ailleurs.

Un bon et gros travail donc…

Alchimie interne

Rebis ou le secret de l'alchimiste - cfio.frDisons-le ouvertement, le troisième volume de Rébis, dont on devine qu’il pourrait fournir matière à réflexions concernant le regretté – car non né – Finis Gloriae Mundi de Fulcanelli, est de loin celui qui donnera le plus de fil à retordre aux débutants.

La déroute est réelle lorsqu’on a cru, durant des lustres, que la Sainte Alchimie est forcément affaire de fourneaux fumants. Ici, on ne déroge pas à la règle, sauf que le fourneau en question n’est autre que le corps.

À la suite des nombreux arcanes que j’ai déjà publiés, notamment dans mon encyclopédie d’alchimie lumineuse, Séverin Lobanov nous entraine dans un univers peu connu ou les théories – quelque peu classiques maintenant – de l’alchimie taoïste avoisinent avec celles d’un certain mazdéisme, que l’auteur n’hésite pas rapprocher, comme je le fis également à l’occasion, de l’actuel phosphénisme.

La notion pourra surprendre à bien des égards, mais l’arcane est pourtant authentique, je l’ai prouvé par ailleurs, au point qu’il existe sous de nombreuses formes comme le Sungazing par exemple.

On ne s’en offusquera pas, à moins d’avoir des ornières, les pratiques d’alchimie interne décrites par Lobanov ont une origine concrètement orientale ou moyen-orientale. Elles ont constitué un dépôt qui façonna progressivement ce que d’aucuns ont appelé la tradition occidentale, dont l’essence a toujours été le trait d’union entre Athènes et Jérusalem. Quoiqu’il faille aussi trouver dans ces multiples migrations de connaissances initiatiques, les traces évidentes du Cèltisme natif. Mais cela est une autre histoire…

En conclusion

Je n’ai pas pu tout lister de l’enseignement important et éclectique de Lobanov et de la probable organisation hermétique dont il est peut-être le porte-parole pour notre temps.

Certains éléments objectifs permettront en effet à quelques lecteurs avertis de discerner, sous l’écorce, les traces d’enseignements alchimiques détenus par des organisations initiatiques encore vivantes, tant dans la maçonnerie que dans les groupuscules discrets de la tradition templière et rosicrucienne.

Peu importe. La générosité de cette trilogie, peut-être collégiale, permettra une remise à niveau et, je l’espère, un nouveau renouveau de l’alchimie traditionnelle. Je l’avais prévu de longue date ; les portes du Temple s’ouvrent de plus en plus, preuve en est.

J’aime à penser, toute modestie gardée, que la grande transgression divulgatrice que j’ai amorcée avec le CFIO, et qui m’a couté tant et tant de critiques et d’insultes, a pu donner à d’autres l’envie de partager ce qui était jadis réservé, pour des raisons qui n’ont plus court à présent.

Oui, le présent. Cette grande porte du temps par laquelle vont et viennent les connaissants, au profit des cherchants

Et qu'on se le dise par Toutatis !