Mémoire du soleil - cfio.fr

La prière d’immortalité

Comme je l’ai souvent précisé dans de nombreux articles et dans la plupart de mes formations, la prière est un élément fondamental du parcours initiatique. Les seuls efforts de la volonté ne suffisent pas pour réaliser des progrès spirituels. Il faut un ingrédient supplémentaire qui fait intervenir des énergies célestes ou divines, comparables à la main du boulanger donnant des formes diverses à sa pâte. Ici, c’est l’initié qui reçoit l’empreinte d’une volonté supérieure qui le dépasse, en laquelle il a confiance quant à son action sur lui. Découvrons à présent la puissance d’une prière très ancienne qui pourrait remplacer favorablement le Notre Père classique dans l’oraison gnostique et même dans le profond travail en oratoire hermétique.

Un empereur romain bien singulier

L’un des plus grands philosophes antiques, connu sous le nom de Julien l’empereur, était également un fervent admirateur et adorateur du soleil. Ce grand souverain ayant accédé aux plus hautes fonctions gouvernementales de l’Empire romain en 361 apr. J.-C. était aussi un grand mystique.

Élevé dans la tradition chrétienne, il sera considéré comme le restaurateur du polythéisme romain, dès lors qu’il sera influencé par des œuvres païennes appartenant à la tradition hellénique, et en particulier par la pensée de Jamblique, son contemporain, et des néoplatoniciens en général.

Je renvoie tous ceux que ce sujet intéresse à  la formation d’alchimie soli-lunaire du CFIO, qui est consacrée entièrement à cette même mystique hermétique solaire. On y découvrira en clair l’intégralité du cursus spirituel, interne et externe, de la tradition hermétique occidentale.

L’enjeu initiatique

Le défi de tout apprenti en alchimie va consister à résister dès le départ à l’envie de séparer deux protocoles de travail qui, en réalité, n’en sont qu’un. Je parle de l’oratoire et du laboratoire alchimiques.

Par commodité intellectuelle, la plupart des adeptes ont séparé ces deux aspects complémentaires du Grand-Oeuvre, pour mieux les expliciter sans doute. Les nombreux commentateurs de l’alchimie, qui ne sont pas toujours des opératifs éclairés, ont vu dans ce clivage pédagogique une séparativité de principes. Ce phénomène a culminé notamment en Chine où les pratiques physico-chimiques du laboratoire métallique ont été reléguées aux oubliettes. Les adeptes asiatiques mettant l’accent dès lors sur les voies purement internes dans lesquelles les fluides du corps sont les matériaux principaux des opérations philosophiques. On estime que cette tangente est apparu après que quelques empereurs ambitieux aient péri suite à des intoxications principalement mercurielles.

À l’inverse, de notre côté du globe, le laboratoire a presque pris toute la place, au point que l’imagerie symbolique censée décrire les opérations purement internes, a été totalement empruntée à l’univers des laboratoires de l’antique chymie, avec ses fourneaux imposants, ses innombrables alambics et autres fioles contorsionnées, créant ainsi une confusion fatale dans l’esprit de plusieurs générations de chercheurs jusqu’à nos jours.

De fait, lorsque, sorti de nulle part, l’on réanime le véritable processus traditionnel, et qu’on le dévoile au grand jour, le public est porté à sourire, y compris dans les officines très savantes de ceux qu’on appelle les souffleurs, ces prétendus alchimistes pour qui l’Oeuvre d’Hermès n’est qu’un jeu de piste excitant, une histoire de pince et de charbon, une promesse de pouvoir et de richesse illimités…

Une reliance nécessaire

Sans une reliance forte au divin, et sans une démarche d’alchimie interne incluant la prière et la méditation des mystères, la théurgie la plus vivante, aucun travail de laboratoire ne peut aboutir.

Ce qui différencie les pierres alchimiques de la grande pierre philosophale réside précisément dans l’adjectif philosophal, impliquant de facto un positionnement métaphysique et symbolique, dont aucun initié ne saurait jamais se départir sans prendre le risque immense de s’égarer définitivement.

Il faut donc que l’alchimiste réussisse à conjuguer les deux alchimies que sont l’interne et l’externe. Un gros effort doit être réalisé dans l’établissement de conditions existentielles harmonieuses, incluant les nécessités matérielles et la tranquillité nécessaire à la contemplation.

Deux conditions pour le moins antinomiques qu’il sera bien difficile d’ajuster.

Recevoir l’aide du ciel

Les difficultés précitées justifient amplement que, dans l’épaisseur du monde, nous ayons besoin de l’aide et du soutien des hiérarchies célestes. C’est en partie dans cet axe que la prière et la théurgie trouvent leur utilité la plus vraie. La rencontre avec l’Ange-Gardien, cette partie de nous, en double, qui attend patiemment que nous soyons disposés à réveiller la mémoire du soleil circulant dans nos veines.

Dans les formations gnostiques et de christianisme secret du CFIO, de nombreuses propositions de travail d’oraison ont été présentées. À diverses reprises, j’ai livré l’ésotérisme du Notre Père, en tant que prière alchimique fondamentale. Mais celle-ci n’est pas exhaustive, car il existe de très nombreuses autres façons de faire. L’essentiel étant, bien entendu, que les ingrédients dont nous avons besoin, figurent bien, et de façon très claire, dans les énoncés que nous psalmodions dans nos pratiques.

Et c’est là que Julien l’Apostat, comme il fut appelé par les historiens, va nous fournir une aide précieuse qui sera une introduction au contenu considérable de la prochaine formation d’alchimie interne qui vous sera bientôt proposée. Je vous laisse donc savourer cette prière, et surtout la pratiquer ou l’essayer.

Elle vous permettra, cher lecteur, de redécouvrir, ou tout simplement découvrir, la sublime pensée des Anciens. Celle, lumineuse à souhait, rendue capable par le génie et l’amour du bien, de l’humilité, qui nous manque tant en cette fin de cycle. Et capable, surtout, de définir avec précision et sans ambages, l’objectif simple du chemin spirituel, du moins dans sa version occidentale.

Dieu de vie et de Lumière, soleil et roi de tous les êtres, je te supplie de répondre par ta bienveillance, à mon sincère dévouement ; de m’accorder une vie vertueuse, une prudence consommée, une intelligence divine, une mort douce, dans le temps fixé par le destin, et après cette vie, le bonheur de revoler dans son sein, d’y demeurer éternellement s’il est possible ; ou si une aussi grande faveur surpasse les mérites de ma vie, de rester du moins près de toi, pendant une longue suite de siècles.

Et qu'on se le dise par Toutatis !