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Dieu est plus près que vous ne le pensez !

Dans sa condition d’être de chair, l’homme s’est toujours senti loin de Dieu. Les anciennes mythologies ont contribué largement à cet éloignement en faisant du ciel un territoire sacré, et l’épaisseur du monde un lieu où l’homme est seul avec lui-même. Pourtant, certains mystiques nous invitent à trouver Dieu ici-bas, tout près de nous. Cette injonction validera d’une étrange façon les connaissances abordées dans un article précédent

Entre ciel et terre

Le règne de la dualité est omniprésent dans tout ce que l’homme peut concevoir. Il y a le haut et le bas, le bien et le mal, le ciel et la terre, le paradis et l’enfer. Il est donc normal que l’homme imagine son dieu créateur à une distance considérable de lui.

On pense que la toute première conception de la divinité est née de la confrontation de nos ancêtres avec les éléments agressifs de la Nature.

Dieux du tonnerre, de la mer, du feu, du vent, du soleil et de la Lune deviennent, de par les dangers qu’ils supposent ou la fascination qu’ils suscitent, les premiers maîtres de la destinée humaine. Rapidement, l’homme va chercher à amadouer ces divinités naturelles par toutes sortes de rites et de sacrifices.

L’homme primaire avait peur des dieux et les souhaitait loin de lui. Il a donc créé une distance profonde et rendu la communication avec eux difficile pour la bonne raison que les rites de soumission et de conciliation n’enrayaient pas ses problèmes, même s’il s’acharnait à penser l’inverse.

Ainsi, on s’est mis à croire que les Dieux étaient injustes, jaloux, envieux et querelleurs. Ils devaient rester là où ils étaient, et laisser les hommes tranquilles.

Cette première distance fondée sur la peur n’a pas complètement disparu. Beaucoup de croyants sont encore aujourd’hui animés de crainte à l’idée d’être en relation proche avec Dieu, même s’ils réclament le contraire dans leurs prières. On se dit aussi que plus Dieu est près de nous et mieux il voit nos imperfections, ce que personne ne souhaite, bien entendu…

Les intercesseurs religieux

Ensuite, des petits malins ont vite constaté l’intérêt qu’ils avaient à se poser en intermédiaires privilégiés entre les dieux et les hommes. Ce fut le début des sacerdoces et des premières castes spirituelles.

Le groupe, ou la tribu, s’accommodait bien que ces excentriques à plumes qu’étaient les sorciers du village s’occupent des affaires religieuses à leur place. Le sorcier interrogeait les dieux, le peuple interrogeait le sorcier et lorsqu’une catastrophe naturelle arrivait, on égorgeait une jeune vierge ou un mouton, et tout rentrait dans l’ordre…

À peu de chose près, on en est encore là aujourd’hui ! Nos façons modernes sont un peu plus élaborées, mais le fond de la relation avec les dieux (qui sont entre-temps devenus un seul Dieu), n’a pas beaucoup changé.

Il y a donc encore beaucoup de distance entretenue par les hiérarchies religieuses qui empêchent les hommes sincères de communiquer spontanément avec la divinité. Ce qui a donné la fameuse – et horrible – maxime « hormis l’Église, point de Salut ! ».

Où est Dieu pour l’homme moderne ?

Ou bien il n’est nulle part pour la bonne raison qu’il n’existe pas, ou bien il est haut perché sur un trône de gloire inaccessible, regardant l’humanité avec distance et détachement.

Pour le religieux ou le mystique, la position de Dieu n’est pas meilleure. La croyance en un fossé séparant le monde divin de celui où nous vivons est très ancrée, même parmi les religieux avancés qui ont bien du mal à dépasser cette barrière, craignant peut-être quelque excès de zèle préjudiciable.

Qu’il s’agisse donc d’une croyance archaïque ou d’un processus de contrôle et de domination de l’homme par l’homme, le peuple de Dieu est voué (ou se voue lui-même) à un isolement métaphysique éternel.

Dieu n’est jamais là, preuve en est pour les athées de sa non-intervention dans les convulsions gravissimes que l’humanité traverse régulièrement.

Une mystique en marge

Pourtant, dans l’ombre de certains ordres religieux officiels, des initiés ont toujours prôné un tout autre discours, dont le contenu a longtemps été réservé parce qu’il dérangeait (et dérange encore) les intérêts des autorités religieuses.

En effet, il y a peu, on brûlait encore ou on emprisonnait les fortes têtes ayant l’outrecuidance d’affirmer que la distance présumée entre l’homme et Dieu n’existe pas.

Cette philosophie non dualiste (et surtout lumineuse) est présente dans certains textes apocryphes dits gnostiques, et également dans les enseignements du célèbre Maître Eckhart, dont la pensée si peu comprise, reste à décrypter…

Un Dieu ici et là, tout de suite…

Il n’y a pas d’évolution spirituelle possible tant qu’on entretient une distance entre ceci et cela, même s’il s’agit de Dieu. Certains fondamentalistes affirment que c’est un péché pour l’homme que de penser que Dieu puisse être à son niveau, là, tout près de lui.

À quoi on peut répondre qu’entretenir volontairement une distance avec le divin sous prétexte de culpabilité ou d’habitude ancestrales, n’est pas non plus la preuve d’une bonne conduite métaphysique.

L’homme touché par la révélation de la Présence de Dieu ici et partout ne doit pas se croire pour autant affranchi de sa responsabilité, ni dépourvu des efforts à produire pour maintenir l’harmonie autour de lui.

C’est surtout durant l’oraison que la différence va se faire sentir. L’homme en prière ne hurlera plus ses litanies en direction d’un ciel toujours plus sourd. Il actualisera ici-bas la nature hautement bonne et juste de Dieu, sans plus chercher à l’atteindre, ni même à converser avec Lui.

L’absence de distance implique la disparition de la personne divine et par extension de toute relation d’objet avec elle. C’est pourquoi l’expérience du Tout, telle que la pratiquaient les gnostiques chrétiens, implique la fusion des sens et dissout toute phénoménologie.

L’expérience de reliance qui impliquait un départ et une destination, un tireur et sa cible, s’annule dans un espace-temps où Dieu s’autocontemple finalement dans la créature, et où elle cesse d’être à son tour.

Totalement engloutie dans l’infini absolu qui dissout toute dualité, la créature affirme à son retour dans le monde manifesté : « Je suis Dieu, pourquoi me chercherais-je au loin? »

Voilà une phrase qui demandera bien des années de méditation et de prière avant que d’être correctement comprise et acceptée.

Le dieu solaire

Évidemment, cette injonction métaphysique ne devrait pas rester un simple concept irrationnel, au risque d’entraîner le méditant ou le priant dans un infini néant ontologique, duquel il ne saurait ramener quoi que ce soit d’utile dans la densité de son quotidien.

Une fois de plus, c’est l’alchimie qui va nous donner la clé de sol de cette partition céleste, le sol-eil, ou seul-oeil des cabalistes, Oudjat, l’organe biologique sacré des Égyptiens, par lequel l’homme perçoit la lumière, du moins dans sa frange la plus tangible.

Le dieu de lumière, solaire, est donc accessible ici et là puisqu’il nous entoure d’une part comme l’eau entoure les poissons, et d’autre part constitue l’intégralité du sol, entendu ici comme matière terrestre, la version congelée de l’énergie photonique première. Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas…

Ceux qui sauront entendre avec profondeur ces notions d’outre-espace, auront peut-être plus de chance de capter un jour le rayon qui contient tout, la véritable Pierre philosophale des Anciens.

Et qu'on se le dise par Toutatis !