Croire au Père Noël - cfio.fr

Pourquoi vous devriez continuer à croire au Père Noël…

L’histoire du Père Noël est peut-être la dernière légende que l’Occident accepte d’entretenir. Non par fidélité métaphysique, mais parce que c’est un marché économique à part entière. Certains psychologues affirment qu’il faudrait cesser de mentir aux enfants. Pour nous, la légende du Père Noël doit être préservée, car elle possède une utilité fondamentale totalement oubliée…

Une invention tardive

Le Père Noël tel qu’on le connaît avec son costume rouge et blanc a été pérennisé par la firme Coca Cola en 1931. Auparavant, le papi préféré des enfants était plutôt vêtu de bleu ou de vert – quoique des versions rouges aient existé antérieurement à 1931 – et son nom était Saint-Nicolas.

Certains auteurs alchimiques se sont précipités sur le symbolisme des couleurs rouge et blanche pour avancer des thèses hermétiques quelque peu spécieuses, mais intéressantes tout de même si l’on se réfère à l’universalité de l’alchimie.

Les origines lointaines

L’origine du Père Noël n’est pas très claire. Elle remonte probablement aux vieilles traditions nordiques que le Christianisme a estampillées de ses propres symboles en remplaçant les anciennes divinités païennes par des saints.

C’est ainsi que Saint Nicolas est né au milieu du Moyen-âge, en mémoire d’un mystique du IVe siècle qui aurait ressuscité des enfants, et dont les reliques auraient ensuite produit des miracles. On prit donc l’habitude de célébrer la Saint-Nicolas le 6 décembre en racontant qu’un vieil homme amène des cadeaux aux enfants sages.

Ce n’est que vers le milieu du XIXe siècle, et principalement au Royaume-Uni, que le passage de Saint-Nicolas coïncidera avec la fête de Noël sous l’influence des Contes de Charles Dickens.

L’Église catholique française résistera longtemps au vieux personnage de peur que la naissance du Christ en soit effacée. C’est pourquoi il ne faut pas chercher de symbolisme particulièrement chrétien dans la tradition de Saint Nicolas, à moins que…

Tradition hermétique oblige

Nous avons vu dans d’autres articles que ce qu’on appelle la Tradition est une sorte de réservoir de connaissances disponibles à l’homme et insufflées à lui progressivement par le divin. Cette énergie pédagogique crée les grands archétypes et s’immisce invisiblement dans les folklores.

Vue sous cet angle, l’influence d’un personnage céleste, tel que le Père Noël, qui apporte des gratifications aux enfants sages, est sans doute une préfiguration de la relation à Dieu que devra entretenir l’individu une fois parvenu à l’âge adulte.

On ne peut pas parler de Dieu ou de théologie à des enfants sans passer par le filtre de l’imaginaire et du merveilleux. De même, qu’avant d’être sage et capable d’abnégation, l’enfant doit avancer « à la carotte » et comprendre que ses actes sont supervisés par une intelligence supérieure qui le regarde agir et penser.

Une psychologie malade

Ces dernières années, poussée par la montée grandissante des théories du newage, une certaine psychologie se voulant savante et objective a affirmé qu’il fallait cesser de mentir aux enfants concernant le Père Noël, parce que cela nuisait, selon elle, à l’élaboration d’une personnalité rationnelle.

Et le sens du merveilleux dans tout cela ? Sait-on à quel point les gens souffrent  aujourd’hui de désenchantement ?

Lorsqu’un individu est privé de sa capacité à rêver et à imaginer, il se voit également destitué d’une possibilité naturelle d’entrer en relation avec le coeur de lui-même, une expérience intérieure susceptible de conduire sa conscience au-delà des apparences sensorielles limitantes, vers un autre univers, que l’on pourrait, sans prosélytisme aucun, qualifier de divin. 

À voir des sectes partout, ou pire, à penser que la vie spirituelle est une pathologie passéiste, quel espoir donne-t-on à nos enfants pour leur avenir ?

Vers une responsabilité accrue

Le Père Noël est un outil de développement personnel. Il aide l’enfant à se construire pour passer d’une individualité dépendante – mais consciente de ses devoirs – à une personnalité responsable qui apprendra progressivement le goût de l’effort et du bien méritoire. Deux notions dont notre société semble avoir vraiment besoin de nos jours…

Dans la vie initiatique, c’est la même chose. Le mensonge a du bon. Il n’est pas dissimulation orientée vers le contrôle et l’aliénation de l’homme. Il est un emballage symbolique et nécessaire qui fait rêver le chercheur jusqu’à ce qu’il soit prêt à découvrir un versant plus réel de l’objet de sa quête.

Si on lui disait la vérité tout de suite, rien dans l’initiation ne serait susceptible de l’intéresser. Demandez donc à un singe de comprendre l’intérêt qu’il a de se passer d’une banane, et vous comprendrez où nous en sommes au début du travail spirituel.

On disait jadis que les maitres de l’hermétisme étaient revêtus de manteaux bleus (voir l’arcane 9 du tarot de Marseille), comme le tout premier Saint-Nicolas d’ailleurs. Les manteaux bleus ou « mentent aux bleus » devinrent ensuite les troubadours et ménestrels du Moyen-âge, dont les satires trompeuses et autres facéties contenaient pourtant en substance l’intégralité des arcanes ésotériques à qui pouvait les entendre.

Lorsque l’on repense aux véritables motivations de nos primes quêtes magiques et alchimiques – il y a quelquefois plusieurs décennies de cela – n’avons-nous pas ce petit sourire de tendresse amusée et honteuse envers nous-mêmes, à l’instar de ces petits enfants qui négocient leur gentillesse pour être certains d’avoir leurs cadeaux ?

Lever le voile

La légende du Père Noël peut devenir un outil d’éducation métaphysique très efficace pour tout parent désireux du bien spirituel de son enfant. Lorsqu’il sera question de dévoiler le mensonge parce qu’on le jugera nécessaire, ou parce que d’autres enfants l’auront fait avec la cruauté que l’on connaît, le temps sera venu de renseigner le petit d’homme d’une autre réalité.

Le mensonge ou mènsonge est ce rêve (lucide) qui mène (ou conduit) aux portes du Réel, l’autre monde, celui d’à-côté, pour reprendre un vocable cher aux admirateurs d’Harry Potter. À moins que l’on associe la petite syllabe men au vieux Gallois mèn, signifiant pierre, et qui nous délivrerait alors un sens ésotérique remarquable ; à savoir le songe de pierre ou de la Pierre, à rapprocher inévitablement du Sonde de Poliphile. Le songe, donc, cette clé fondamentale pour faire la Pierre… philosophale, s’entend.

Lorsque l’enfant se mettra à pleurer, faisant face l’inévitable deuil, le parent initié ne sera plus sans réponse. Il saura expliquer à son enfant que certes, le Père Noël n’existe pas tel qu’on le lui a décrit, mais que c’était pour cacher l’existence d’un autre Père, dont les cadeaux bien plus subtils, ne pouvaient lui être révélés parce qu’il était trop petit pour comprendre.

Vous verrez alors les yeux de l’enfant s’illuminer, tournés vers un autre ciel, moins puéril. Il demandera des renseignements sur ce nouveau père que cachait le premier, et vous lui expliquerez qu’à présent, ce Père qui est aux Cieux, l’aidera à aller chercher lui-même ses propres cadeaux.

Faire des liens

Lorsque l’enfant est issu d’une famille où l’on parlait déjà de Dieu, il suffira de faire le lien avec le Père Noël en lui disant que finalement c’était la même chose. Le Père Noël est la meilleure façon de préparer nos enfants à l’au-delà sans les effrayer. Les enfants parvenus à maturité le comprendront très bien, éclairés de la vérité, car ils n’auront rien perdu au change…

Enfin, le fait que le Père Noël passe par la cheminée, lieu de l’âtre ou sens sacré du terme, est encore une représentation symbolique de la verticalité spirituelle au creux de laquelle le feu céleste s’écoule dans l’homme en prière. Un élément qui a dû rassurer les Pères du christianisme et qui n’est pas sans rapport avec cette autre histoire, bien chrétienne celle-ci, qu’est la naissance de Jésus.

Nous y reviendrons…

Et qu'on se le dise par Toutatis !