comment choisir un maitre spirituel - cfio.fr

Comment choisir un bon maitre spirituel?

« Sans guide, point de voyage! » L’expression est bien connue et pourtant, il n’a jamais été aussi difficile pour les Occidentaux de trouver des guides spirituels efficaces. Le tapage médiatique sur les sectes et les arnaques morales rajoute encore à la difficulté d’être initié dans des conditions sereines. Lorsqu’on a trouvé un instructeur spirituel, comment savoir si on peut lui faire confiance?

Aimeriez-vous lui ressembler?

Un bon moyen de savoir si l’on est dans la bonne voie avec un maitre spirituel est de se demander si l’on désirerait avoir la même vie que lui. Nous identifions-nous à sa façon d’être avec des avantages concrets? Dans de nombreux ordres initiatiques ou groupements religieux, il n’est pas rare que le niveau moral ou intellectuel du dirigeant ne soit pas en adéquation avec la haute nature de son enseignement.

Certains instructeurs peuvent être fascinants et passionnants. Leurs discours et l’étendue de leurs connaissances exaltent notre ferveur spirituelle. Cependant, ces mêmes individus peuvent nous paraître également tristes, glacials, hautains, méprisants ou inhumains. Ce n’est pas bon signe.

Si vous n’avez pas envie de ressembler à votre maître, alors ce n’est pas votre maître. Car une bonne instruction passe par une saine identification. Il n’est pas question ici de parler de clonage ou d’envisager de perdre son identité. Mais si votre maître ne vous inspire pas l’envie d’atteindre cet état qui le caractérise et qui vous attire tant chez lui, alors, ce n’est pas le bon.

Pensez à Maître Ioda dans La Guerre des Étoiles ou encore au maître aveugle de la série Kung fu. Dans les deux cas, personne ne veut ressembler à Maître Ioda  🙂 , ni perdre la vue. Cependant, que donnerions-nous pour atteindre à la même sagesse?

Faites-lui une remarque

La susceptibilité est le plus grand révélateur du charlatanisme. Faites l’expérience de titiller un peu votre instructeur en lui faisant une remarque plus ou moins désobligeante. Cela ne doit pas être une insulte non plus, car dans ce cas, il est légitime qu’il vous envoie sur les roses.

A ce titre, certains petits provocateurs se croient parfois obligés de pousser le bouchon outre mesure en usant à outrance de l’art de la contradiction systématique, jusque dans ses recoins les plus stupides. Tout ce qu’ils obtiennent, c’est une porte clause, irrémédiablement, un suicide spirituel, qui leur permet ensuite d’aller gloser à qui veut bien l’entendre qu’ils ont prétendument démasqué l’imposteur, là où il aurait fallu se traquer soi-même…

Quoi qu’il en soit, essayez néanmoins de voir comment votre maître réagit lorsque vous lui faites remarquer quelque chose qui, selon vous, pourrait le vexer.

Ce peut être une faute d’orthographe dans un texte qu’il a écrit, ou encore vous pouvez feindre d’être choqués par certaines de ses paroles, avec cordialité toujours…

Se justifie-t-il? S’excuse-t-il? Vous renvoie-t-il l’ascenseur en pointant à son tour l’une de vos imperfections? Devient-il irritable, cynique ou autoritaire? Bof, bof…

La bonne attitude sera certainement une explication supplémentaire, parfois un silence qui signifie que vous devriez relire et étudier encore, un sourire qui n’est pas moquerie mais tendresse envers la jeune pousse soucieuse de grandir trop vite, une question sur l’importance que ce qu’il a fait ou dit a pour vous, un koan, une histoire zen, une réponse  déstabilisante, etc…

Faite de l’humour pour voir

Les maîtres spirituels sont joyeux. Ils ne se prennent jamais au sérieux. Ils aiment rire et s’amuser. Peut-être pas pour les mêmes raisons que le commun des mortels, mais cela ne change rien à l’affaire.

Dans les milieux ésotériques et initiatiques, on se croit souvent supérieur à tout le monde. Ces gens se sentent importants et pensent devoir le prouver par une attitude rigide et sèche. Ils prennent toute manifestation affective pour une preuve d’inconsistance spirituelle. Ils sont chiants au possible, de mauvaise compagnie.

Racontez une blague à votre maître spirituel ou invitez-le à boire une bière au troquet d’en face. Tâchez de voir s’il est capable d’éclater de rire, sinon barrez-vous parce que le Paradis n’appartient qu’à ceux qui savent rire.

Des nuances humaines nécessaires

Ne cherchez pas la perfection humaine. Un bon maître est d’abord un humain avec ses travers et son héritage. Sa maturité tient au fait d’en être parfaitement conscient, contrairement à l’immense majorité des gens, et c’est précisément là qu’il peut vous aider.

Attention à ne pas confondre non plus le comportement pittoresque ou étrange de certains maîtres avec un manque de maturité. De même que le mutisme profond n’est pas forcément du mépris ou de l’orgueil.

Un maître va vous faire travailler là où vous en avez besoin. Si vous êtes du genre à déconner sans arrêt parce que c’est votre façon de vous sentir à l’aise dans la vie, il va s’en apercevoir et vous aider à en prendre conscience précisément en ne rentrant pas dans votre petit jeu.

Si par contre, vous êtes du genre coincé avec des idées bien arrêtées, attendez-vous à des grosses vannes de sa part justement là où vous y êtes sensibles.

Quelle que soit son attitude, vous devez avoir le sentiment de progresser, de changer et surtout d’être déstabilisés régulièrement et surpris tout autant.

Ceux qui n’aiment pas les surprises ni les remises en question n’ont vraiment rien à faire d’un maître spirituel…

Aller plus loin que lui

Dans mes primes années d’études alchimiques, j’ai quelquefois rencontré de ces guides mineurs encourageant leurs ouailles à tenter des expériences qu’ils avaient la paresse d’entreprendre eux-mêmes. C’est une attitude courante en alchimie. Tant de voies sont possibles !

Il y a, il me semble, une différence notable entre cet abus de pouvoir et la noble conduite consistant à encourager ses élèves à défier leur zone de confort.

Le véritable maitre n’est-il pas celui qui invite au dépassement de ce qu’il a atteint lui-même? Non pour en tirer un profit personnel, mais pour aider son disciple à déployer son plein potentiel, à trouver son propre chemin de réalisation, jusqu’à la résolution définitive de l’équation philosophale.

Un maitre qui fait son boulot, quoi…

A-t-on perdu son temps pour autant?

Indiscutablement, toute expérience peut être enseignante. Si on le veut bien. Comme c’est le cas dans la mystique apophatique (ou théologie négative – ni ceci, ni cela), le bon maitre ne peut être reconnu qu’au travers du vécu, après de multiples essais infructueux, et au contact blessant des faux référents qui jalonnent nécessairement toute histoire initiatique.

En soi, le mauvais maitre est quand même un maitre, à sa façon. Il montre le mauvais chemin. Il nous jette au visage nos propres illusions, nos attentes puériles. Il nous démasque tout autant par son incompétence qu’au travers des projections que nous lui faisons endosser, quelquefois à son insu.

Mais cela ne doit pas durer éternellement. Après être passé par les étapes préliminaires de décapage psychologique, tout aspirant à l’initiation doit finalement trouver quelqu’un de fiable pour le guider.

Sur ma page Facebook, un commentateur affirmait récemment que nul ne peut être instruit par autrui. Je ne suis pas d’accord. Autrui est la source de toute instruction. C’est toujours l’autre qui nous enseigne le mieux, car l’autre n’est que le miroir de nous-mêmes.

Un jour, un disciple demande à son maitre :
– Maitre, qui était votre maitre?
– Le nuage était mon maitre, la brindille était mon maitre, la fourmi était mon maitre…
Le disciple réfléchit et rétorque :
– Et aujourd’hui, maitre, qui est votre maitre?
– Le temps passé avec toi ; voilà qui est mon maitre.

Et qu'on se le dise par Toutatis !